« Oumar, tu resteras toujours vivant »
Article publié dans le quotidien « Le soleil » du 11 mars 2007
Je ne veux pas le croire mais c’est malheureusement la réalité et il faut que je l’admette. Le professeur Oumar Diagne nous a quittés. J’avoue que je reste jusqu’à présent terrassé par la nouvelle de sa disparition. J’étais à Dakar pendant les grandes vacances dernières, je n’ai pas pu rencontrer Oumar comme l’appellent affectueusement ses proches. Mais j’ai demandé de ses nouvelles auprès du personnel du Cesti, de son ancien directeur des études, M. Koumé, de son ancienne secrétaire Mme Fall, de mes mamans Mame Fatou Diallo et Oumou Sall. Toutes ces personnes m’ont répondu qu’il va bien et qu’il continue à donner des cours au Centre d’études des sciences et techniques de l’information.
Oumar, pardonne-moi de te tutoyer en ces moments de profonde douleur. Te tutoyer, me permettra de dire plus facilement ce que je tiens à mentionner pour te rendre hommage car tu es un homme complet. Outre les connaissances que tu as acquises pendant tes études, tu es un homme affable, sympathique qui cherchait à partager ses connaissances avec les étudiants. Tu cherchais le bonheur de l’étudiant. Tu t’es battu pour cela quand tu étais à la direction du Cesti. Tu as été à l’origine de la reprise des contacts entre le Cesti et les Universités et écoles occidentales. Je me rappellerai toute ma vie les moments passés à t’écouter avec une grande admiration. Tu as ce don de la parole que personne ne peut nier et également cette facilité de transmission de la connaissance qui m’ont particulièrement permis de pouvoir te comprendre durant nos cours. Sincèrement, Oumar, je te dois une bonne partie de mon éducation post-baccalauréat. Grace à toi, j’ai appris des notions de sociologie que je n’aurais pas acquises si tu ne m’avais pas eu en première année de journalisme au Cesti. Dans la vie, il est des personnes qui vous marquent pour le reste de votre existence. Oumar, tu fais et tu feras toujours partie de ces personnes. Je ne veux pas parler de toi au passé car tu restes pour moi un modèle. Le modèle d’une personne qui s’est toujours battue, le modèle d’un grand battant, le modèle de la personne qui a des rêves et qui cherche les moyens justes pour y parvenir. Tu as eu le rêve de faire du Cesti, une des écoles de journalisme les plus respectées dans le monde. Tu as eu le rêve de faire du Cesti, une école ouverte sur le monde, une école où les étudiants auraient accès au matériel dont ils ont besoin pour leur formation, où ils auraient les professeurs de qualité. Tu as eu le rêve de faire du Cesti une école de journalisme et de communication, une école d’où sortiront non seulement des journalistes qui savent écrire ou parler à la radio et à la télé, mais des journalistes capables aussi de pouvoir analyser les faits sociaux, culturels, politiques et économiques auxquels ils font face dans ce monde devenu aujourd’hui un village planétaire.
Oumar, certaines personnes ne t’avaient pas compris quand tu étais arrivé à la tête du Cesti avec tous ces rêves, et cet enthousiasme de rénover le Cesti, lui faire retrouver ses lustres d’antan. Néanmoins, cela ne t’avait pas empêché de commencer la réalisation de tes ambitions pour le Cesti. C’est également l’une des qualités des grands hommes d’avoir des rêves et de chercher à les réaliser. Oumar, tu es un grand Homme et tu le resteras pour une bonne partie des étudiants du Cesti ou de la faculté des sciences humaines de l’Ucad qui ont eu la chance de te connaître. Oumar, tu peux partir l’esprit tranquille. Tu as rempli ta mission. L’idéal serait que tu sois encore présent pour la continuer car tu as encore énormément à apporter aux jeunes générations, à ton pays le Sénégal, ce pays que tu aimais tant. Je dis bien que tu aimais tant car tu aurais pu comme bien d’autres intellectuels de ton rang t’exiler pour venir rester en Occident dans les prestigieuses universités comme Princeton University, Harvard, Georgetown, Tulane, La Sorbonne, Oxford pour ne citer que celles-là. Tu préférais faire le va-et-vient entre les universités africaines qui te sollicitaient beaucoup et les universités occidentales qui avaient une profonde admiration pour toi.
Oumar, tu es un grand Sénégalais, un grand Africain, un grand Intellectuel et je ne t’oublierai jamais. Tu m’as beaucoup apporté en connaissances et je le reconnaîtrai toujours. Oumar, tu dois être fier des étudiants que tu as formés et qui animent aujourd’hui le paysage médiatique sénégalais pour ne pas dire africain. Il est clair que sans eux, la démocratie sénégalaise connaîtrait quelques couacs. Ils sont les gardiens du temple démocratique sénégalais. Ces étudiants ne t’oublieront pas. Malgré tout, j’imagine et je comprends tout à fait la douleur qui est celle de ton épouse et des enfants mais je voudrais juste leur dire d’être fiers de toi et d’être assez courageux pour pouvoir mener à terme les chantiers intellectuels que tu as laissés et qui restent à terminer.
Cher Oumar, que la terre du Sénégal, ce beau et paisible pays, t’accueille et te soit légère. Etant de ceux qui croient qu’il y a une vie après celle que nous menons sur terre, je reste persuadé que nos chemins se croiseront et que nous continuerons à échanger car on sort toujours d’un échange avec toi, plus grand et mieux outillé pour analyser les faits sociaux et faire face à la vie de manière plus sereine. Je ne veux pas te dire Adieu car pour moi tu es encore vivant et tu le resteras. Tu as semé des graines qui poussent et qui grandiront pour assurer dans une certaine mesure ta relève.
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