Une affaire de nègres, un film de dénonciation

Affiche une affaire de nègres
Affiche une affaire de nègres

De plus en plus, les cinéastes africains préfèrent réaliser des documentaires que de faire des fictions. Les réalités sont telles qu’ils n’arrivent plus à les éviter. Parmi ces cinéastes qui ont choisi la voie du documentaire, on peut évoquer la réalisatrice Camerounaise, Osvalde Lewat-Hallade, auteur de Une affaire de nègres, qui sort à Paris ce 23 septembre 2009. Au début du film, une mère enterre symboliquement un bananier, en lieu et place de son enfant disparu depuis plus de cinq ans. A travers Une affaire de nègres, Osvalde Lewat dénonce les arrestations et exécutions sommaires organisées par l’unité spéciale de répression du grand banditisme, mise en place par les autorités camerounaises en février 2000 pour empêcher la montée de l’insécurité dans le pays. Pour rendre compte de cette situation douloureuse qu’ont vécue les Camerounais, Osvalde Lewat a fait parler des parents de victimes, des personnes qui les défendaient contre l’arbitraire, à l’instar de l’avocat des droits de l’homme Me Momo Jean de Dieu. Des observateurs de la vie politique camerounaise comme les journalistes ont également témoigné, à côté des bourreaux comme Rigobert, qui malgré toutes les atrocités commises, ne regrette pas ses actes. Son seul et véritable regret est que ces unités de répressions aient été dissoutes.


Le travail de la cinéaste camerounaise est louable, car il permet après des années de lever un coin de voile sur ce qui s’est passé au Cameroun au début des années 2000, un événement qui a laissé jusqu’à présent des familles dans une grande tristesse, parce qu’incapables de faire le deuil de leurs enfants dont elles sont pour la plupart des cas, toujours sans nouvelles. L’auteur dit elle-même dans le dossier de presse publié par Les films du paradoxe, à l’occasion de la sortie nationale du film en France, «le but de ce film n’est pas de pointer du doigt ou de stigmatiser le Cameroun, mais de mettre à jour une dérive, comme il peut en exister ailleurs. Or dans ce cas précis, elle n’a pas été sanctionnée. Ce film veut questionner la conscience citoyenne de chacun ». Au moment où l’auteur du film hésite à qualifier son œuvre, Michelle Chilcoat et Cheikh Ndiaye, professeurs à Union College, une université américaine dont les étudiants ont eu le privilège de regarder en avant-première Une affaire de nègres en février 2008, vont plus loin dans leur catégorisation. Pour les deux professeurs de littératures et cinémas francophones, Une affaire de nègres, « relève d’un procès politique qui fait le portrait d’un régime politique africain accroché aux camouflages, à la torture et à la terreur pour justifier et asseoir son existence ; on nettoie tout sur son chemin aux yeux de son peuple ».

Osvalde Lewat est désormais connue en Afrique et au-delà, pour ses documentaires de dénonciation des maux qui gangrènent jusqu’à présent certains pays africains. Quelques-uns de ses précédents films sont à classer dans cette catégorie. Il s’agit de Un Amour pendant la guerre, et Les disparus de Douala, sortis respectivement en 2005 et 2006. En regardant ses trois films, on ne peut qu’être d’accord avec Michelle Chilcoat et Cheikh Ndiaye, quand ils écrivent dans un article à paraitre prochainement dans une revue littéraire américaine, «Osvalde Lewat-Hallade émerge du cinéma africain et s’y distingue avec succès par le nombre de ses productions mais surtout par son style poignant ».

Malgré la censure dont a été l’objet Une affaire de nègres au Cameroun, pays d’origine de la cinéaste, c’est un film qui sera certainement vu par beaucoup de cinéphiles en France à partir d’aujourd’hui, et à travers le monde. C’est un film qui mérite d’être regardé pour comprendre jusqu’où un régime politique au pouvoir peut aller dans la confiscation des libertés individuelles, qui sont au demeurant reconnues par toutes les constitutions du monde. Ceux qui ont auront l’occasion de regarder Une affaire de nègres, s’en rendront compte : l’esthétique était pleine de sobriété en raison de la gravité du thème qui était traité. La sortie du film à Paris aujourd’hui, pose une fois de plus la question du genre de films qui répond aux réalités actuelles africaines. Cela me pousse à soulever quelques interrogations : face aux crises qui secouent encore une bonne partie de pays du continent, et à l’incompétence de certains dirigeants dans la gestion de la chose publique, les cinéastes peuvent-ils continuer à privilégier la réalisation des fictions au détriment des documentaires ? Ou doivent-ils faire les deux à la fois et comment ?


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