Laurence Gavron, la documentariste de l’histoire sénégalaise

Laurence Gavron

Laurence Gavron

La cinéaste franco-sénégalaise, Laurence Gavron, est l’auteur de beaucoup de documentaires sur l’histoire du Sénégal, les personnes qui l’ont incarnée et marquée. Ses films mettent aussi en valeur l’importance des instruments de musique, et de la musique elle-même dans la vie des communautés africaines autochtones, et celle des Africains qui ont quitté leur terre natale pour aller vivre dans d’autres pays du continent. C’est le cas de la communauté cap-verdienne dans son documentaire Saudade à Dakar. Par ailleurs, Laurence Gavron a un projet de film qui parlera d’une de ses amies, franco-sénégalaise, vivant actuellement en France, bipolaire, maniaco-dépressive, qu’elle veut ramener au Sénégal, pour la confronter avec sa famille, son pays d’origine, en espérant que cela l’aidera à guérir.

En Afrique, le genre documentaire prend de plus en plus la place des films de fiction, surtout depuis le début des années 90, période à partir de laquelle les dictatures ont commencé à tomber, donnant ainsi l’occasion aux cinéastes de faire des films qui réfléchissent sur le passé de l’Afrique, ses relations tumultueuses avec les anciennes métropoles. Outre des documentaristes comme Jean-Marie TENO, Moussa TOURE, Anne Laure FOLLY, de nouvelles voix font désormais parler d’elles. Leurs documentaires ont plus trait aux traditions africaines, aux personnes qui les symbolisent, à savoir les griots, les chanteurs traditionnels. Leurs œuvres traitent aussi de la modernité à travers la présentation de musiciens dont la musique représente celle de toute une communauté. La cinéaste franco-sénégalaise, Laurence Gavron, appartient à cette catégorie de documentaristes qui ont pour souci de filmer pour la postérité, pour la conservation des mémoires, et la préservation des valeurs qui ont fait la fierté de l’Afrique. Des Etats-Unis j’entendais parler de ses films grâce aux émissions de cinéma diffusées des chaînes de radios francophones. L’occasion m’a été donnée de regarder en juillet et août derniers à l’Institut français Léopold Sédar Senghor de Dakar, deux de ses documentaires, en l’occurrence Samba Diabaré Samb, le gardien du temple, et Saudade à Dakar. C’était à l’occasion de la projection d’une série de documentaires dont ceux des réalisatrices Marie Ka, Khady Sylla, et Angèle Diabang Brener. Le seul problème est que ces films étaient présentés dans une salle presque vide, bien qu’il y ait eu au moins deux séances pour donner aux cinéphiles la possibilité de venir les regarder, et d’en tirer quelque chose.

Le premier documentaire intitulé Samba Diabaré Samb, le gardien du temple (sorti en 2006), raconte la vie de Samba Diabaré Samb, un grand griot qui a une parfaite maîtrise de l’histoire du Sénégal. L’octogénaire Samba Diabaré Samb constitue une bibliothèque ambulante, que les jeunes Africains doivent connaître, pour apprendre beaucoup sur la sagesse africaine. Les chanteurs et leaders d’opinion comme Youssou Ndour et Ousmane Diallo dit Ouza, ont témoigné sur la probité morale de Samba Diabaré Samb. Les personnes de sa trempe, ne courent plus les rues. Elles sont devenues rares à une période où les jeunes Africains ont de plus en plus besoin de repères, de références, dans un monde devenu un village planétaire et en pleine crise identitaire. Le film de Laurence Gavron, a donné la parole à Samba Diabaré Samb, dépositaire des valeurs traditionnelles africaines, qui n’a pas manqué de rappeler la nécessité pour l’Africain ou l’Homme en général d’être un homme de parole, de respecter ses engagements, et de ne jamais ignorer son passé, son histoire. Bien que le message transmis soit d’une grande portée universelle, le documentaire aurait pu être plus vivant, si la documentariste ou une autre voix intervenait pour narrer l’histoire, pour la commenter, afin de permettre au cinéphile ou au téléspectateur (le film était montré à la Rts, télévision publique sénégalaise) de mieux comprendre le film, et de ne pas s’y perdre.

Le second documentaire de Laurence Gavron que j’ai eu l’occasion de regarder cet été 2009, est Saudade à Dakar (réalisé en 2005), un film qui relate l’histoire de la communauté cap-verdienne de Dakar, à travers l’élément unificateur qu’est la musique. Ceux qui connaissent Dakar et ses quartiers comme la médina, se retrouveront sûrement à travers ce moyen-métrage de quarante-huit minutes, d’autant que la cinéaste nous transporte devant les salons de coiffure détenus par les Cap-Verdiens, qui pour se détendre, jouent du violon ou s’amusent avec leur petite guitare connue sous le nom de cavaquignou. En regardant Saudade à Dakar, on pourrait avoir l’impression de regarder un reportage. Le journalisme, métier de base de Laurence Gavron, est visible dans le film. A travers les témoignages des musiciens, Laurence Gavron raconte l’histoire d’une communauté qui a quitté son pays d’origine depuis des générations pour s’installer au Sénégal, et plus particulièrement à Dakar, une ville dont on tombe assez rapidement amoureux, et qu’on finit par en faire sa ville de cœur si on n’y prend pas garde. A Dakar, pour ne pas sentir la nostalgie (la définition de Saudade en français), les Cap-Verdiens organisent des soirées dansantes au cours desquelles ils jouent les genres musicaux, coladera, funana, morna, pour égayer leur quotidien. Au-delà de la nostalgie que peuvent ressentir par moments les Cap-Verdiens, l’ancienne journaliste au quotidien français Libération, voudrait montrer qu’avec le temps, les communautés immigrées s’adaptent à leurs nouvelles réalités et adoptent la culture de leur pays d’accueil sans forcément perdre la leur. Des fois, elles convainquent même leurs hôtes à faire en partie sienne leur culture. Les Cap-Verdiens peuvent être fiers d’avoir d’une certaine manière poussé les Sénégalais à aimer leur musique, et à la jouer lors de leurs cérémonies.

En plus de ces deux documentaires, Laurence Gavron, a également réalisé en 2007 Yandé Codou Sène, Diva Seereer, qui est un portrait de soixante-quatre minutes de la griotte du président Senghor. Un an après, elle a sorti un autre documentaire de quarante-trois minutes, cette fois-ci à propos d’un instrument de musique et une danse. Intitulé Assiko!, le documentaire retrace l’histoire de l’instrument, cite les lieux où il est joué, et les occasions au cours desquelles il est mis en valeur. Il ressort donc du film que c’est un instrument qu’on retrouve dans le célèbre quartier du plateau à Dakar, à Gorée, et qu’il est originaire de l’Afrique Anglophone, et particulièrement de pays comme la Sierra Leone, la Gambie et le Ghana. Au Sénégal, Assiko en tant qu’instrument est joué pour accompagner les rencontres sportives communément appelées au Sénégal, les navétanes, et les luttes traditionnelles, qui sont devenues aujourd’hui au Sénégal une grande industrie.

La réalisatrice franco-sénégalaise, Laurence Gavron, née à Paris en 1955, est également écrivaine. Elle est l’auteur des romans Marabouts d’ficelle (2000), Boy Dakar (2008), Hivernage (2009). Dans les jours à venir, nous vous proposerons des notes de lectures critiques de ses deux derniers romans.

Portraits, Résumés de films




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