Institut français de Dakar : Le cinéma sénégalais présenté au public

Logo Ccf Dakar

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Le centre culturel français de Dakar (Ccf) appelé maintenant l’institut français Léopold Sédar Senghor, fête ses cinquante ans. La Direction nationale de la cinématographie, la Ville de Dakar, le Cineseas (l’association des cinéastes sénégalais), l’Association sénégalaise des journalistes critiques de cinéma, les 24 heures de cinéma, Groupe Image et Vie, le Cinéma de Nuit du Bideew, Cultures France, en collaboration avec l’Institut français, organisent depuis le 3 novembre une rétrospective du cinéma sénégalais. «Il nous a donc semblé plus qu’opportun, à l’occasion du 50ème anniversaire de la création du Ccf de permettre aux jeunes cinéastes et au public de revisiter le patrimoine filmique et de témoigner du rôle joué par le Centre culturel français dans l’émergence du cinéma national tout en favorisant la réflexion autour d’un cinéma en pleine révolution numérique », écrit le journaliste et critique de cinéma, Baba Diop, dans le communiqué parvenu à la presse dans le cadre du lancement de la rétrospective.

Une trentaine de films sont au programme, et deux tables rondes. Les films les plus vieux remontent aux années soixante et plus particulièrement en 1966 et 1968. Le plus récent date de 2009. A la séance d’ouverture le 3 novembre, étaient au programme deux films , en présence des auteurs Ismael Thiam et Momar Thiam. Le court-métrage du jeune Ismaël Thiam est intitulé Diay diap (2004) et raconte l’histoire d’un canal d’écoulement qui «sert de toile de fond à une partie de cartes acharnée entre un groupe de jeunes qui, au rythme frénétique d’un djembé, jouent ». Momar Thiam, de la génération des cinéastes comme Sembène Ousmane, devait présenter Baks (Yamba, 1974) qui parle des « tribulations d’Idrissa, un jeune issu d’un milieu modeste qui se retrouve vite noyé dans l’univers solitaire des trafiquants ». Le mardi 10 novembre, trois films seront projetés au grand public dakarois. Dans l’ordre chronologique, il s’agit de Contras’City (1968) de Djibril Diop Mambety, Reou takh (1972) de Mahama Johnson Traore, et Ndakharu, Impressions matinales (1975), un documentaire de Moussa Yoro Bathily. La projection des trois films du jour sera suivie en présence du cinéaste Mahama Johnson Traoré, d’une table ronde qui a pour thème « Les premiers documentaires et courts-métrages des années 60-70. De quelles écoles se réclamaient-ils. Quel a été leur impact sur le public? ». Le débat sera un prélude à la projection le 17 novembre de deux documentaires et deux fictions. Les documentaires prévus ont pour titres Les Malles (1983) de Samba Félix Ndiaye, Pain Sec (1981) de Ousmane William Mbaye. Le premier évoque le parcours d’un groupe de copains qui « récupère des fûts métalliques qui servaient à transporter le goudron ». Leur tâche consistait à nettoyer les fûts métalliques à la chaleur, et à les travailler « de manière à obtenir des plaques de métal qui, une fois découpées et assemblées, deviendront des malles ». Le second documentaire au programme du 17 novembre, Pain Sec, « met en scène un jeune photographe qui vit à Dakar. » Les talents du cinéaste Ousmane William Mbaye permettront aux cinéphiles de découvrir « au hasard de son itinéraire depuis la maison cossue de ses logeurs, les différents quartiers de la ville : les faubourgs démunis, les grands immeubles qui bordent la ‘corniche’, les égouts où jouent les enfants, les piscines bleues des hôtels de luxe… » Les deux fictions partageront la scène ce jour-là avec les documentaires Bandit Cinéma (1993) de Bouna Médoune Seye, et Moytuleen (1993) de Ben Diogaye Beye. Dans le film de Médoune Seye, il s’agit de « Laye, un jeune ouvrier qui vit à Dakar, essaie de surmonter ses problèmes d’argent… », tandis que Moytuleen nous conduit dans le monde d’un homme qui vient de se réveiller, et qui d’un « banc public..convoite quelque chose au sol qu’on ne voit pas ». L’homme dont il est question dans le court-métrage de Ben Diogaye Beye, « considère les passants comme des obstacles entre lui et l’objet de son désir ». A l’histoire de cet homme s’est ajouté un autre aspect, « l’homme a été un chef d’entreprise prospère, ruiné par la dévaluation du franc CFA ».

Réctrospective, 50 ans de cinéma sénégalais

Réctrospective, 50 ans de cinéma sénégalais

Le 24 novembre, le public aura droit à trois documentaires et deux fictions. Les documentaires sont intitulés Pourquoi? (Sokhna Amar, 2004), Fissabililah (Aïcha Thiam, 2003), Dakar, syntaxe urbaine (Arfan Sarr, 2008). Les fictions sont Deweneti (Dyana Gaye, 2006), et Petite Lumière (Alain Gomis, 2003). Une semaine après, les spectateurs pourront regarder trois fictions, à savoir Le Certificat (1982) de Tidiane Aw, décédé en mai dernier à Paris, Boxulmaleen (1992) de Ameth Diallo, Vieux Samba (2004) de Serigne Mbodj, et Teuss Teuss (2007) de Hubert Ndao. Après le passage des fictions, les documentaires partageront l’écran de l’institut francais Léopold Sédar Senghor le jeudi 3 décembre avec une fiction, en l’occurrence Xala (1974) de Sembène Ousmane. Les quatre films documentaires au programme sont dans l’ordre de parution, Set Sétal (1992) de Moussa Sène Absa, Hann, Baie poubelle (1999) de Fabacary Coly et Marième Aimé Diouf, Reubeuss (2005) de Matar Badiane, et Mbedu Buur (2008) de Moussa Seydi. Comme si le cinéma sénégalais était devenu un cinéma de documentaires, le vendredi 11 décembre, les organisateurs de la rétrospective ont inscrit quatre documentaires à l’affiche. C’est ainsi que les amoureux du cinéma africain verront tour à tour Moi (Paulin S. Vieyra, 1966), Baaw-naan (Jo Ramata Gaye, 1984), Delou Thiossane (Yves Badara Diagne, 1996) et Dakar, deuk raw (Mariama Sylla, 2008). Les 15 et 16 décembre, les documentaires continueront de ravir la vedette aux réalisateurs de fictions, par la projection de Aaru mbedd (Abdoul Aziz Cissé, 2009), Colobane Express (Khady Sylla, 1999), DK 1739 (Massaer Dieng, 2008). La seule fiction au programme ces deux jours, est Même le vent (1998) de Laurence Attali. C’est un film qui invite le public à découvrir le monde des chauffeurs de taxi. Il s’agit précisément d’un chauffeur qui « roule à toute allure dans les rues de Dakar. A côté de lui, une jeune fille blonde platine. Sur la banquette arrière, un saxophone doré ».

Comme on le dit, toutes les bonnes choses ont une fin. L’essentiel étant d’en garder de bons souvenirs, et d’en tirer des enseignements pour l’avenir. La rétrospective du cinéma sénégalais organisée à l’occasion des cinquante ans du centre culturel français de Dakar, prendra fin par une soirée le 22 décembre. Pour finir en beauté, deux fictions seront projetées et une table ronde viendra mettre fin aux activités. En ce qui concerne les films, il y aura le court-métrage M’as-tu vu (2004) de Augustin Ndong et Liberté! De Yves Ciampi, une coproduction entre la France et le Sénégal. Le long-métrage Liberté, suit Aminata, une sage-femme à Dakar, qui « pour l’enterrement de son oncle, se rend à Tiolène, son village natal et troque sa tenue européenne contre le costume traditionnel des femmes de son village ». La table ronde qui sifflera la fin de la rétrospective aura pour thème principal, « Le futur du cinéma sénégalais : ses orientations actuelles sont-elles porteuses d’un cinéma innovant tant dans son contenu que dans son esthétique? ».

Bonne question sans aucun doute, mais il faudrait que les réponses ou conclusions de la conférence fassent l’objet d’un suivi rigoureux pour que le cinéma sénégalais renaisse totalement, avec des projections dans des salles, sur les places publiques, dans les écoles primaires, secondaires, et universitaires.

Commentaire

Quelques coups de gueule par rapport à la programmation de la rétrospective du cinéma sénégalais : je ne suis pas dans les secrets de Dieu pour savoir les critères qui ont été à l’origine du choix des films présentés pendant la rétrospective. A mon avis, un film comme Borom Sarret devrait figurer dans le programme même s’il a certainement été présenté au public sénégalais à d’autres occasions. C’est un des premiers courts-métrages sénégalais. Sa projection aurait permis aux jeunes cinéastes et cinéphiles de voir encore une fois par où le cinéma sénégalais a vraiment démarré, les thèmes, et les moyens techniques dont il disposait. Parlant toujours de Sembène, il aurait été bien de projeter Moolaadé, le dernier film qu’il a réalisé avant sa mort. Un film dont la qualité technique et l’actualité du thème ne se discutent pas. On me répondra qu’il y a déjà eu des hommages à Sembène, mais quelqu’un comme Sembène mérite des hommages presque quotidiens de notre part. Il n’en a presque pas eu de son vivant. Raison de plus qu’il ne soit pas relégué aux oubliettes, seulement deux ans après sa disparition.

La programmation de la rétrospective aurait dû aussi inclure les nouveaux films sur l’immigration, un thème d’actualité au Sénégal avec les centaines de jeunes pour ne pas dire des milliers qui ont péri durant le trajet vers l’Occident pour un meilleur avenir. Au nombre de ces films, on peut citer ceux du jeune El Hadj Samba Sarr. Ce serait une belle façon de l’encourager et le féliciter après le prix qu’il a reçu en octobre dernier au Festival international du film d’Afrique et des îles (à l’Ile de la Reunion) pour son film, Graines que la mer emporte. Dans le même cadre, un film comme Dieu a-t-il quitté l’Afrique de Musa Dieng Kala, devrait figurer dans l’agenda.

Une rétrospective du cinéma sénégalais à l’occasion des cinquante ans d’une institution comme le centre culturel français, ne devrait pas faire l’économie d’un ou deux films (TGV, Toubabi, 5X5, etc…) de Moussa Toure, documentariste reconnu. Puisqu’il y avait une grande place accordée au genre documentaire, je pense qu’il aurait été judicieux d’accorder plus de quotas au documentaire historique, vu l’importance que devrait revêtir l’histoire dans la formation des citoyens et des leaders de demain, et en profiter pour montrer tout au moins un film de Laurence Gavron, même si cela a été le cas en juillet août à l’institut français. Cela est d’autant vrai qu’on ne célèbre pas chaque jour un cinquantième anniversaire. Cela se fait une fois dans la vie. Il aurait fallu peut-être plus de jours, plus de ressources humaines, plus de moyens logistiques et financiers, mais il fallait le faire.

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