La (re)vue du web de CinéAfrique.Org #8 : L’actualité culturelle africaine de la semaine lue pour vous

Les journaux de la semaine ne manquent pas d’articles sur le cinéaste sénégalais Samba Félix Ndiaye, décédé le 6 novembre dernier à Dakar. Néanmoins, un seul article a attiré particulièrement mon attention. C’est l’article, Samba Félix Ndiaye, un homme raffiné qui savait interroger les images”, paru dans Le Soleil de ce jeudi 12 novembre. Dans un témoignage recueilli par le confrère Mamoune Faye, Manthia Diawara rencontré au Mali en marge de la Biennale africaine de la Photographie, se souvient des moments passés ensemble avec Samba Félix Ndiaye : “Avec Samba Félix Ndiaye, je partage un passé intéressant. Nous étions ensemble en France dans le Paris des années 1970. Moi je suis parti plus tard aux Etats-Unis, mais lui est resté. Nous avions des idées communes et défendions les mêmes idéaux”. Le professeur et cinéaste d’origine malienne, Manthia Diawara, continue en disant que Samba Félix Ndiaye “était d’une discrétion incroyable! Il préférait observer, écouter les gens parler et souriait toujours. Mais il n’était pas sophistiqué”.

Toujours à propos du Sénégal, mais sous un registre plus heureux, l’Agence de presse sénégalaise (Aps) révèle que le réalisateur et scénariste sénégalais, Mahama Johnson Traoré, travaille actuellement sur son prochain film intitulé Nder ou les flammes de l’honneur. Le cinéaste a dit à l’Aps qu’il s’agit d’un film sur l’histoire des femmes de Nder, dans l’ancien royaume du Walo, en mars 1820. “Cela concerne la résistance, le refus de la fatalité. Ces femmes ont préféré la mort à la honte”, a-t-il précisé. Nous apprenons également à travers la dépêche de l’Aps que le producteur et réalisateur algérien Boualem Aïssaoui, ainsi que sa compatriote Mariem Hamidat sont impliqués dans l’aboutissement du projet de film du Sénégalais Johnson Traoré. Selon Boualem Aïssaoui, le projet a intéressé le ministre algérien de la Culture. “Dès que le ministre de la Culture, Khalida Toumi, a lu le projet, elle a adhéré à sa philosophie. D’abord parce qu’il concerne l’histoire du Sénégal dans laquelle se reconnaissent les peuples et qu’il consacre une communion autour des valeurs de résistance”, a déclaré M. Aïssaoui.

Le partenariat qui naît entre l’Algérie et le Sénégal en matière de coproduction cinématographique, nous rappelle le débat qui a cours actuellement dans la province de Québec au Canada. A ce sujet, faisant l’éloge de la coproduction, M. Jacquelin Bouchard de Pixcom, confiait à Etienne Plamondon Emond du quotidien Le Devoir du 5 novembre, que “quand on parle de coproduction, ça permet de rayonner culturellement et de faire des échanges bilatéraux ou multilatéraux, de sortir de notre ghetto du Canada et du Québec en contenu”. Cette réflexion de M. Bouchard est valable pour le cinéma et les autres compartiments du secteur culturel en Afrique. Dans la rubrique Idées de Le Devoir, Roger Frappier continue le débat sur l’importance de la coproduction, en ces termes, “Aujourd’hui, la coproduction internationale n’est pas seulement une nécessité économique, elle est devenue une nécessité culturelle. Elle n’est pas seulement indispensable pour réunir les budgets conséquents, elle est aussi essentielle pour prendre acte à la fois de l’interpénétration des cultures et de l’évolution des préoccupations du public, dans un contexte de mondialisation”.

La question de coproduction qui commence à faire son chemin aussi bien en Afrique, qu’ailleurs, soulève de facto celle de la nature des films à réaliser pour se conformer à la nouvelle donne du partenariat entre pays, et réalisateurs. D’où la nécessité de savoir s’il faut privilégier le cinéma du “petit contexte (mise en valeur de l’histoire de sa nation)” ou celui du “grand contexte (mise en valeur de l’histoire supranationale)” concepts développés par rapport aux œuvres littéraires par l’écrivain tchèque Milan Kundera dans son essai Rideau. Pour une coproduction réussie, sans choisir entre le cinéma de petit contexte, et celui du grand contexte, le producteur et réalisateur québécois Roger Frappier, affirme dans Le Devoir du 5 novembre, qu’il “est impératif de développer AUSSI un cinéma du grand contexte, de supprimer les embûches qui gênent son émergence, de reconnaître pleinement sa légitimité, de mettre un terme au ‘terrorisme du petit contexte’ encore trop présent. Et que ce cinéma devrait primer sur celui qui ne fait qu’adapter au petit contexte, une formule déjà établie et souvent éculée…”

Dans Le Soleil du 12 novembre, le journaliste E.H. Massiga Faye, nous propose un article très intéressant, au titre enchanteur de “Intégrer les acteurs culturels dans la création de richesses”. Dans son papier, il révèle que le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (Dsrp), cite le secteur culturel, comme domaine capable de participer à la réduction de la pauvreté dans les pays africains. Le constat fait par Mayacine Camara de l’Unité de coordination et de suivi des programmes économiques au ministère sénégalais de l’Economie et des Finances, est que “ la culture tarde à jouer son rôle par rapport aux axes du Dsrp.” Comme solution, M. Camara pense qu’il faut “intégrer entièrement les acteurs culturels dans le processus de création des richesses sur le plan macroéconomique”.

L’édition des livres et sa diffusion préoccupent les responsables culturels africains. Le journal algérien La Tribune en fait cas dans sa livraison du 10 novembre sous le titre “Afrique : enjeux et perspectives de l’édition en Afrique. La coédition, principal remède contre les problèmes de la diffusion et du prix du livre”. Durant le 14ème Salon international du livre d’Alger (Sila), les acteurs du domaine ont fait l’état des lieux et proposé des solutions. Le directeur national du livre au ministère de la Communication et de la Culture du Togo, M. Kokou Mensah Azankapé, n’a pas été tendre dans son diagnostic du mal. “Cela fait des années que l’on entend des discours sur la promotion du livre en Afrique. Aujourd’hui, il faut que cette hypocrisie cesse. Il faut que cela se traduise par des faits concrets. A titre d’exemple, ma compatriote qui est responsable des éditions ‘Graine de Pensée’ vient de co-éditer avec les éditions Barzakh deux auteurs togolais qui sont présents au Sila”, a-t-il signalé. En guise de solution, il propose ceci : “il faut que les médias prennent le relais auprès des citoyens et des décideurs politiques pour que cela se traduise par des faits. Il faut une continuité de l’esprit du Panaf (Festival panafricain d’Alger) dans les pays africains parce que ce métissage culturel est le seul espoir de faire sortir l’Afrique de la misère”. Le professeur, poète et écrivain sénégalais, Amadou Elimane Kane, lui emboîte le pas. Dans son analyse de la situation, il confie à Sihem Ammour, l’auteur de l’article, paru dans La Tribune qu’il est de “ceux qui pensent qu’il existe un potentiel réel sur ou autour du livre africain. Il est temps que les uns et les autres se prennent en charge. Je pense que des pays comme le Sénégal ou l’Algérie ne peuvent faire face à ces grandes multinationales de l’édition, qui, aujourd’hui, dominent le marché. Car un des problèmes du secteur du livre en Afrique se situe dans la diffusion”. Pour remédier à cela, M. Kane pense qu’ “aujourd’hui, il faut mettre l’accent sur la question de la mise en place des librairies et de la co-édition. Il faut que les uns et les autres sortent des frontières étriquées et s’installent dans une dimension unitaire africaine. C’est seulement à travers cette dimension que, réellement, les Africains, pourront faire face aux enjeux politiques et économiques mondiaux”. Vivement que l’Afrique culturelle se réalise, à un moment où l’Afrique a du mal à atteindre son unité politique.

Restant dans le domaine du livre, le quotidien montréalais Le Devoir du 5 novembre, a réservé une place de choix dans ses colonnes, à Dany Laferrière, l’écrivain canadien d’origine haïtienne, pour son roman L’énigme du retour, qui a reçu le prix Médicis. Dans l’article, Isabelle Paré cite un passage intéressant avec lequel je voudrais finir la revue de presse de la semaine, et inviter par la même occasion à la réflexion sur le concept de l’exil. Il s’agit de “On est toujours en exil. L’exil géographique est facile à régler, mais l’exil le plus fort et le plus impitoyable est celui du temps. Mon enfance me manque plus cruellement que mon pays”.

Bonne lecture, bon week-end, et à très bientôt.

 

Récapitulatif des liens de la (re)vue du web numéro 08 de CinéAfrique.Org, couvrant la semaine du 06 au 13 novembre 2009

 

Les revues du web de CinéAfrique.Org mettent chaque semaine en lumière les meilleurs articles sur lesquels a porté notre veille. Il s’agit d’une sélection d’articles de presse en ligne, de liens de sites et de blogs, en somme ce qu’il ne faut pas manquer sur la toile concernant les acteurs, l’actualité du cinéma africain et de la culture Africaine, et non une prise de position de CinéAfrique.Org. Ils peuvent être récents, ou particulièrement vieux, et rentrent dans cette catégorie pour leur qualité ou leur intérêt. N’hésitez-pas à proposer les vôtres en commentant cet article.

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