Abderrahmane Sissako et salles de cinéma
Bamako : Le Soudan Ciné bientôt rouvert
Pour avoir fréquenté la salle de cinéma Soudan Ciné, quand il était enfant, le cinéaste Abderrahmane Sissako mobilise actuellement les moyens financiers pour la rouvrir, après quinze ans de fermeture. “Les installations, laissées en l’état, ont été vendues par le gouvernement au groupe malien Tomota, qui s’est engagé à maintenir l’activité cinématographique. M’impliquer dans une salle qui permette une plus grande visibilité du cinéma africain, c’est un devoir, c’est pourquoi j’ai relevé le défi de la rénovation et de la réouverture du Soudan Ciné. A Bamako, il y a une seule salle de cinéma, à 700 m d’ici, le Bademba, dont la programmation, américaine, n’a jamais donné l’opportunité à un film africain d’être vu et confronté au public”, a confié avec regret, Abderrahmane Sissako à Olivia Marsaud, journaliste à Radio France Internationale. Pour parvenir à la réouverture complète de la salle d’ici la fin de l’année 2010, le cinéaste mauritanien, auteur de films comme Bamako, a “lancé via son association Des Cinémas pour l’Afrique, une campagne de souscription lors du dernier festival de Cannes, auprès de donateurs publics et privés. Les fauteuils du Soudan Ciné sont donc mis en vente symboliquement, à 5000 euros pièce, pour contribuer à sa rénovation.” En lançant cette initiative, le réalisateur de En attendant le bonheur, ne pense pas seulement au Mali. Il souhaite que cette première action à l’endroit du Soudan Ciné, fasse tâche d’huile, et qu’elle serve de modèle ailleurs. “Le Soudan Ciné est un projet pilote qui s’intègre dans une démarche panafricaine. Nous voulons pousser les gens à croire au projet de Bamako et l’initier dans d’autres pays. Ce cinéma, pour moi, sera une fenêtre sur le monde”, a-t-on pu lire le 30 novembre, sur le site internet de Radio France Internationale.

Soudan Ciné de Bamako / Abderrahmane Sissako
Commentaire
Les salles de cinéma sont fermées dans la plupart des capitales africaines. Certaines sont devenues des lieux de cultes, d’autres sont carrément abandonnées et se retrouvent dans un état de déliquescence totale. Je ne sais pas ce qu’est actuellement devenue la salle de cinéma ABC sur l’avenue Lamine Gueye à Dakar, mais il y a de cela six mois encore, elle servait de lieu de vente de jus de fruits et d’arachides pour des bonnes dames. Toujours à Dakar, des salles de renom comme le Plaza et le Paris n’existent plus. Ces salles servaient de lieux de rencontres pour les jeunes particulièrement les week-ends, même les jours ouvrables. A Dakar, j’ai pu constater qu’un grand immeuble a pris la place du cinéma le Plaza. Dans cet immeuble, il y a des banques, des boutiques de ventes de vêtements pour enfants, mais aucun lieu de récréation ou de rencontre, où les gens peuvent venir regarder des films, qu’ils soient africains ou non. En lieu et place du cinéma le Paris, un hôtel serait en construction. Y-aura-t-il une salle de cinéma à l’intérieur, je ne saurai vous le dire maintenant. La situation de Dakar est presque la même un peu partout ailleurs en Afrique. Je sais aussi que des salles ont fermé leurs portes à Lomé. Juste un exemple qui réveillerait des souvenirs à tous ceux qui ont passé leur jeunesse au Togo il y a encore 15-20 ans. Il s’agit du cinéma Rex, situé pas loin du centre culturel français, au centre-ville de Lomé. Rex était entre-temps devenu un lieu de prière, après qu’il a été abandonné pendant un moment. C’est contre cet aspect désastreux du cinéma en Afrique que se bat Abderrahmane Sissako. Sa bataille doit être la nôtre, nous qui aimons le cinéma, les arts, la musique, bref la Culture dans sa globalité. Il est temps de rouvrir les salles de cinéma dans les capitales africaines. Il ne faudrait pas seulement attendre les moments des festivals pour le faire. Le cinéma africain doit faire partie de notre vie quotidienne. C’est un cinéma trop riche pour l’ignorer ou feindre de l’ignorer. Les amoureux de la Culture ne devraient pas attendre les autorités pour démarrer leurs initiatives. Il serait bien de commencer, et demander après de l’aide aux autorités et aux bailleurs de fonds, car leurs priorités ne sont pas le plus souvent la culture ou sa promotion. C’est la triste réalité. Il faudra composer avec sans baisser les bras. Des initiatives comme celle d’Abderrahmane Sissako, doivent nous rappeler que tout est possible. La volonté détermine la réalisation de beaucoup de choses. La volonté de faire évoluer le cinéma africain existe chez les cinéastes. C’est cela l’essentiel. Il faut s’en réjouir.
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