Osvalde Lewat-Hallade interviewée par des universitaires américains

Osvalde Lewat-Hallade

Osvalde Lewat-Hallade

L’une des revues littéraires de référence dans le milieu universitaire américain, The French Review, a publié dans son édition de décembre 2009, une interview de la cinéaste franco-camerounaise, Osvalde Lewat-Hallade. Réalisée par les professeurs Michelle Chilcoat et Cheikh Ndiaye de l’institution universitaire privée Union College, basée dans l’Etat de New York, l’interview aborde une série de points dont le passage de la jeune réalisatrice camerounaise du journalisme au cinéma, le caractère engagé de ses films, ainsi que le public auquel s’adresse son œuvre cinématographique.

A la question de savoir pourquoi elle a quitté le métier de journaliste pour se consacrer au septième art, l’auteur de films comme “Un Amour pendant la guerre”, “Une Affaire de nègres, répond, “C’était la frustration de l’éphémère. Le sentiment que faire un article de presse, c’est passer des mois à faire une enquête, à rechercher l’information et une fois que c’est publié dans un journal, le lendemain, c’est terminé, c’est plié et c’est mis à la poubelle. Je voulais inscrire mon travail dans la durée. Je voulais aussi élargir mon audience et voir les sujets qui touchent aux Africains portés un peu plus loin que les simples frontières d’une ville ou d’un pays. Je trouvais que le cinéma, c’était un bon moyen pour y parvenir.”

Pour expliquer le caractère engagé de son oeuvre, Osvalde Lewat-Hallade affirme qu’elle n’a jamais aimé l’injustice, par conséquent l’un des moyens pour elle de remédier à cela est d’en parler dans ses films sur un ton de dénonciation. “Ce n’était vraiment pas un choix et en plus c’est une étiquette que j’ai fini par assumer mais contre laquelle je me suis insurgée pendant longtemps en me disant que je ne suis pas une cinéaste engagée. Après tout, c’est quoi une cinéaste engagée? J’ai eu de la chance de venir d’une famille qui m’a permis de faire des choix, de rêver, d’avoir des envies, de pouvoir les réaliser. Où qu’on soit dans le monde c’est une grande chance, et en Afrique c’est un vrai luxe. Chaque fois que j’ai été dans un contexte où les gens n’avaient pas le choix, je me suis toujours sentie spontanément, viscéralement révoltée. Il n’y a pas eu vraiment de déclic. J’ai toujours été comme ça, même quand j’étais plus jeune. Je n’ai jamais supporté une injustice, je n’ai jamais supporté le fait qu’on pouvait condamner des gens juste parce qu’ils étaient différents ou parce qu’on avait un préjugé contre eux”, révèle Osvalde Lewat-Hallade. A travers une série de questions qu’elle se pose, elle explique davantage pourquoi son œuvre peut être qualifiée d’engagée par la critique. “Qu’est-ce que vous faites quand vous avez une gamine de deux ans qui a été violée, ou quand vous êtes dans une région où les femmes sont violées tous les jours? Qu’est-ce que vous faites quand il y a une femme dont la police a pris l’enfant pour l’interroger, et l’enfant n’est jamais revenu? Vous l’écoutez, elle parle et puis, vous faites quoi? A cause de ce sentiment d’impuissance, je voulais tout abandoner et il a fallu que je puise dans mes ressources à moi et que je me dise que ce n’est pas pour moi que je veux le faire, que je me trouve de vraies raisons au-délà de la simple envie intuitive, d’être le porte-parole des gens. Je pense que c’est peut-êre pour cela qu’on peut y lire de l’engagement”, admet la réalisatrice franco-camerounaise.

A qui est destiné le cinéma réalisé par Osvalde Lewat-Hallade, peut-on légitimement se demander? En effet, la même question lui a été posée par les universitaires Michelle Chilcoat et Cheikh Ndiaye. Sans détours, elle donne d’amples explications sur la notion de public, le type de public auquel elle s’adresse, celui qu’elle aurait aimé avoir, et ce qu’il faudrait faire pour le fidéliser. “Je n’ai pas de public particulier. J’ai montré mes films à des publics assez éclectiques. Ils sont passés en Asie, à Oslo, à Bujumbura au Burundi, à New York, au Maroc, etc. Mon public a un véritable désir de voir mon travail. Il s’intéresse à de nouvelles approches et à des cinématographies peu visibles. Même si élargir mon audience ne me déplairait pas dans l’absolu, j’aime assez l’idée d’avoir un public volontariste qui a une appétence pour des cinématographies moins diffusées. Cela dit, mes films ont été diffusés autant sur les chaînes de télévision africaines que sur les chaînes françaises, canadiennes, et américaines. Je pense qu’il faut éduquer le public pour que les gens aient des goûts plus exigeants. Je refuse le cinéma facile, où l’on s’assoit dans son canapé et absorbe de la façon la plus aliénante possible les images proposées. Je veux que les gens aient un vrai désir de mon travail. Je crois que c’est le cas de ceux qui voient mes films”, veut bien croire Osvalde Lewat-Hallade.

J’aurais bien voulu vous parler encore plus de l’interview, car elle est très riche d’informations et bien conduite, mais je préfère m’arrêter ici afin de vous donner l’envie d’aller la découvrir dans son intégralité, dans The French Review qui est publié ce mois de décembre 2009.

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