Le Maghreb tel que les universitaires l’imaginent

Image Originale : naim.over-blog.org

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Le cinéma et la littérature du Maghreb occupent une place importante dans l’enseignement des cultures francophones, dans les universités nord-américaines. La revue du Centre d’études des littératures et des Arts d’Afrique du Nord, dans sa toute dernière parution, a ouvert ses pages à une réflexion sur la manière dont les hommes de culture imaginent le Maghreb. Des œuvres cinématographiques de grande qualité ont été citées par les auteurs des différents articles, pour étayer leur argumentation. J’ai pris plaisir à lire l’article “Immigrations, espaces et identités”, et je souhaiterais vous en parler, tout en vous précisant que le numéro spécial contient aussi des notes de lectures assez riches d’informations.

Au printemps dernier, la revue du Centre d’études des littératures et des Arts d’Afrique du Nord (Celaan) a publié un numéro spécial intitulé Imag(in)er le Maghreb/Imag(in)ing the Maghreb. A travers ce numéro spécial qui fait partie du volume 8 de la revue, les différents contributeurs ont cherché à “étudier le rôle et la portée des images dans la construction (déconstruction, reconstruction) d’une possible identité collective maghrébine.” L’autre objectif de taille poursuivi par le numéro spécial est de “tenter de comprendre les effets du postcolonial et du transculturel sur ces images, ainsi que les nombreux filtres déformants par lesquels passent ces productions : autofiction, orientalisme, ‘patrimoine’ toursitico-culturel, mondialisation, chocs de cultures et de mémoires dont le résultat tend à brouiller la limite entre soi et l’autre”.

Mémoires d’immigrés, Crédits : revue-analyses.org

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D’excellents articles critiques, et de notes de lecture ont été publiés dans les numéros 1 et 2 du volume 8 du Celaan. Un des articles a particulièrement attiré mon attention. J’espère que le compte rendu que j’en ferai vous intéressera, et vous poussera à aller à la découverte de l’intégralité de l’article qui aborde la question cinématographique sous plusieurs formes. L’article intitulé “Immigrations, espaces et identités” est écrit par Margarita Garcia Casado. L’auteure part du constat suivant : “ayant acquis depuis les années 1970 ‘le statut de document historique’, le cinéma offre la possibilité d’analyser la représentation de l’immigrant dans la mémoire collective.” Pour illustrer son constat, Casado s’est fondée particulièrement sur deux cinéastes aux origines maghrébines. Il s’agit de Yamina Benguigui, et Abdellatif Kechiche à travers leurs films Mémoires d’immigres (1997), Inch Allah Dimanche (2001), et La faute à Voltaire (2000). Selon Casado, “les œuvres de Yamina Benguigui, Mémoires d’immigrés (1997) et Inch Allah Dimanche (2001), reconstituent la mémoire de ces hommes et femmes qui vécurent l’immigration dans le silence et la résignation.” L’analyse que fait Casado des deux films de Yamina Benguigui, est qu’elle cherche à “sauver de l’oubli leur témoignage et de contribuer, à travers la reconnaissance de leur expérience personnelle, à l’élaboration d’une histoire offrant une vision plus digne et humaine de l’immigration.” Abordant la manière dont Yamina Benguigui construit son film pour mieux reconstituer la mémoire des hommes et femmes qui ont émigré en France pour des raisons diverses, Casado précise que “la structure de Mémoires d’immigrés évoque une mosaïque de discours antagoniques regroupés en deux axes principaux : le premier comprend les discours officiels de l’époque qui réduisaient la question de l’immigration à un déplacement de main d’œuvre au service de l’économie alors que le second fait ressurgir à travers les témoignages des immigrants, la mémoire personnelle de l’immigration…”

Inch'Allah dimanche, Crédits : imdb.com

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La critique Margarita Garcia Casado cite le film Inch Allah Dimanche pour montrer comment la réalisatrice française d’origine algérienne, a parlé des femmes immigrées, et des problèmes qu’elles rencontrent. Elle écrit que “dans ce long métrage, Benguigui se penche sur le double exil et le ‘parcours identitaire’ de ces femmes qui se retrouvèrent seules, coupées de leurs attaches communautaires et familiales dans une société individualiste dont elles durent accepter les valeurs et le mode de vie tout en étant contraintes, paradoxalement, à préserver leurs traditions.”. Outre les films de Benguigui, Casado aborde dans la deuxième partie de son article le film La faute à Voltaire réalisé par Abdellatif Kechiche. Sous le titre très évocateur de “La faute à Voltaire, regard sur les nouveaux damnés de la terre”, Casado voudrait montrer que l’œuvre cinématographique de Kechiche parle des immigrés comme des exclus, ou des personnes marginalisées de la société française. Après avoir bien analysé le film de Kechiche, elle souligne que “La faute à Voltaire renvoie la République française à ses mythes fondateurs, à sa duplicité, à son impossibilité à affronter la réalité d’un système capitaliste basé sur la discrimination et l’exploitation, à son incapacité à donner ce qu’elle promet et à répondre aux besoins de sa jeunesse.”

Comme conclusions aux analyses des trois films des deux cinéastes, Casado tire deux enseignements importants que je voudrais bien partager avec vous, et soumettre par la même occasion à votre réflexion. Partant de l’idée de Savarese qui soutient que le cinéma est un instrument assurant la propagation ou la destruction des “représentations sociales dominantes”, Casado nous apprend que “la production cinématographique des cinéastes français d’origine maghrébine, tout en s’inscrivant dans la mémoire collective permet de combler les lacunes de l’histoire officielle et de réorienter l’élaboration de la mémoire collective…” Le second enseignement qui clôt la réflexion de Casado sur “Immigrations, espaces et identités”, est que “par-delà la problématique de l’immigration, ces œuvres s’insèrent dans le débat actuel sur la révision de l’histoire officielle quant à la participation des immigrants dans le cadre de la société française, plus particulièrement dans le débat sur ce qui doit constituer l’unité nationale et plus encore sur la question de l’intégration qui ne peut, dans l’élaboration de l’Europe actuelle, ‘être synonyme d’assimilation’.”

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