Fespaco 2011 : «Le poids du serment» de Kollo Daniel Sanou
Quand l’un trahit l’autre
Le film présenté le 1er mars dernier au cinéma Burkina a fait salle comble et pour cause, ce n’était pas seulement la nationalité burkinabé du film qui a fait courir les nombreux cinéphiles venus assister à la représentation, mais plutôt la thématique abordée.
«Le poids du serment» raconte l’histoire des Dozos, la confrérie mythique des chasseurs qu’on retrouve dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest. Dans le film, l’histoire racontée est celle de deux amis Nyama et Sibiri qui intègrent la confrérie des chasseurs et prêtent serment d’en respecter les règles et lois. La première loi est de ne jamais se trahir et toujours se porter secours en cas de danger. Mais à cause de la convoitise qu’il a toujours eue à l’endroit la femme de son ami, au cours d’une partie de chasse Sibiri assomme Nyama et le pousse dans un puits. Il revient au village avec une histoire qui est totalement éloignée de la réalité et convainc tout le monde de la mort de son «ami».
Sitôt les funérailles terminées, il s’installe sur le terrain laissé vide par Nyama et entreprend de conquérir sa femme. Mais Nyama qui n’est pas mort est découvert amnésique par un groupe de religieux, qui parviennent à le convertir. Mais par un curieux hasard, il revient avec eux dans son village dont il ne se rappelle plus de rien. Mais la rencontre avec Sibiri lui fait revenir la raison. Sibiri quant à lui qui le croyait mort, perd la raison. Nyama, désormais sous l’emprise de la secte qui l’avait retrouvé et entretenu après l’incident avec son ami Sibiri, renie sa tradition et repart en ville avec les autres fidèles de la secte.
«Le poids du serment» est la confrontation entre deux cultures. La culture étrangère et la culture traditionnelle. Mais c’est la tradition qui l’emporte à la fin, comme une exhortation du cinéaste à un retour aux sources. Le film aborde le thème de la croyance, et fait presque l’apologie des croyances traditionnelles africaines. On pourrait ainsi parler d’un retour aux premiers thèmes des films africains d’après les indépendances, qui pour répondre au déni de la culture africaine des cinéastes colonialistes, abordaient presque tous la revendication identitaire de nos cultures. Le mystère qui entoure la confrérie des chasseurs Dozos fait que ce film a un intérêt particulier, surtout pour la jeune génération africaine qui est en perte de repères culturels. Le film du Burkinabè Kollo Daniel Sanou, traite aussi de la prolifération des églises et des gourous véreux et cupides qui abusent de la naïveté des fidèles.
La construction du film est assez simplifiée, et on note quelques ratés sur les plans du scénario et de la technique. La prise de vues fait défaut dans le changement de l’échelle de valeurs, ce qui entraîne forcément un montage désarticulé. On retiendra par exemple que le sous-titrage est truffé de fautes grammaticales ou orthographiques qui choquent énormément le spectateur. Cela est peut-être dû à la négligence ou à la hâte de monter le film pour l’édition 2011 du Fespaco. Malgré tout, ce sont des erreurs qui discréditent un peu une certaine partie du cinéma africain. Ce qui fait une entorse remarquable au film.
Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI
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