Séminaire sur les cinémas africains

Produits d’une expérience enrichissante

Le printemps 2011 restera l’un des plus beaux moments de mon expérience d’enseignement aux Etats-Unis. Cela est d’autant vrai que les étudiants inscrits dans le cours de « cinémas africains des origines à nos jours », étaient toujours bien préparés. Les deux jours par semaine durant lesquels nous nous rencontrions, étaient pour nous tous des moments tant attendus. Grâce à la technologie, des cinéastes africaines vivant à Dakar, Paris, Yaoundé, nous ont tenu compagnie durant les séances d’échanges sur les cinémas africains. Après les séminaires avec les étudiants, nous nous séparions, toujours dans l’espoir de nous retrouver, chacun armé de ses arguments pour convaincre l’autre de l’exactitude et de la pertinence de son opinion. Aujourd’hui, le printemps 2011 fait désormais partie du passé, mais d’un passé qui restera toujours présent dans mon esprit, et certainement dans celui des étudiants qui ont bien voulu s’inscrire dans ce cours, pour mieux connaître et comprendre les sociétés africaines. A la fin de cette belle et inoubliable expérience à Central Michigan University, certains étudiants ont accepté de publier quelques-uns de leurs papiers sur notre blog. C’est ainsi que dans les jours à venir, je vous invite à lire les articles qui porteront sur des films comme Clando, La noire de, Xala, Tableau ferraille, Guimba, Faat Kiné, Pièces d’identités. Après avoir lu les articles de mes anciens étudiants, je vous exhorterais à nous faire part de vos commentaires, et à participer aux discussions.

Sommaire


1. Faat Kiné, écrit par David Sellinger

Faat Kiné, Crédits: allocine.fr

Faat Kiné

On connaît bien les rôles traditionnels de différents sexes ; le mari travaille toute la journée, gagne de l’argent et revient à la maison. Toute la journée, la femme s’occupe de la maison et des enfants et joue un rôle servile. Mais dans Faat Kiné, on voit comment une femme peut renverser ces rôles.

À la station-service, Kiné rencontre Jean, un veuf qui fréquente souvent la station-service de Kiné et qui a l’air de s’intéresser à elle. Plus tard, on apprend que Kiné est une mère célibataire, qui n’a même pas passé son propre baccalauréat, mais elle trouve le moyen de soutenir ses enfants quand même.

Elle rencontre aussi le père de sa fille Aby à la station-service, mais elle n’est pas du tout heureuse de le trouver à la porte d’entrée. Il l’a abandonnée il y a longtemps, mais il a entendu dire que sa fille passe son baccalauréat et il s’y intéresse naturellement. Cependant, Kiné ferme la porte et refuse de lui permettre de parler avec Aby quand elle téléphone pour dire à Kiné qu’elle et Djib, son frère, ont réussi leur baccalauréat. Aby est ravie ; elle a déjà essayé de le passer une première fois et l’a raté, mais elle a pu le repasser.

Kiné n’a pas eu autant de chance. Le père d’Aby est l’ancien professeur de Kiné ; il l’a engrossée et à cause de leur relation, elle a été renvoyée de l’école. Son amant l’abandonne quand l’enfant vient au monde, et son père a eu beaucoup honte d’elle. Il essaye même de brûler Kiné, mais sa mère la sauve en faisant un grand sacrifice : elle se jette sur Kiné et la protège, mais son dos est horriblement brûlé. Le père les abandonne et meurt après. Des années plus tard, le dos de la mère de Kiné est tout rigide et elle porte toujours de terribles cicatrices.

Heureusement, malgré tout cela, elle a réussi à faire quelque chose de sa vie. Elle ne laisse pas les autres lui marcher dessus et elle ne se laisse pas persuader de se remarier. Alors, avec Kiné, on voit une permutation des rôles : elle devient chef de famille, elle a bâtit une carrière, elle mène sa vie comme elle le veut, ce qui n’est pas courrant pour les femmes. Une autre chose que font normalement seulement les hommes, c’est de payer à des hommes pour avoir des relations intimes avec eux. Qu’il s’agisse de la sexualité d’une femme et qu’elle contrôle sa propre sexualité est quelque chose de rare et très progressif.

On voit aussi des disputes dans le film à propos de la polygamie, un thème très commun en Afrique. Les plus jeunes femmes dans le film ne comprennent pas la polygamie et comment les vieux peuvent la supporter. Ce film contient aussi le thème du mariage en général. Sans surprise, Kiné est absolument contre la polygamie, et non seulement la polygamie : elle est aussi très opposée au mariage forcé pour les femmes. Quand ses enfants essayent de l’unir avec Jean, elle le voit presque comme s’ils cherchent à la forcer à se marier, et elle devient furieuse. Mais c’est Djib qui fait plus d’efforts—Aby a presque la même opinion de sa mère sur le mariage forcé. Elle se donne donc plus de peine pour que sa mère ne pense pas qu’ils la forcent à faire quelque chose contre son gré.

Retour au Sommaire

2. La Noire de…, écrit par David Sellinger

La Noire de..., Crédits : allocine.fr

La Noire de...

Une africaine marche au bord de la mer entre un grand bateau et un quai. Elle a porté une jolie robe et des bijoux blancs, et elle a sa petite valise dans la main. Ses yeux qui cherchent quelque chose et son visage un peu inquiet, constituent un contraste avec les autres, qui sont descendus du bateau. Il semble qu’ils sachent ce dont ils ont besoin de faire et où ils ont besoin d’aller.

Cette scène est la première de La Noire de…, un film réalisé par le cinéaste Sembène Ousmane, qui vient du Sénégal. C’est un écrivain qui est devenu cinéaste. Il a commencé à faire des films pendant les années soixante, quand beaucoup de pays africains ont accédé à leur indépendance. Alors, beaucoup de ses films sont des films sur la résistance africaine contre la colonisation.

Mais qui est cette femme, qui entreprend une nouvelle vie pour elle-même ? Cette femme s’appelle Diouana, et l’homme que nous voyons accompagner Diouana en voiture à la maison est l’un de ses patrons. À la maison, nous rencontrons aussi la patronne de Diouana, qui semble sympa au début.

Bientôt, nous pouvons voir que la vie chez les patrons n’est pas du tout si merveilleuse qu’elle l’avait imaginée. Elle se retrouve en France, faisant le ménage tout le temps. Elle fait remarquer que sa vie en France, se resume à la chambre à coucher, la salle de bains, et la cuisine, etc. Elle est très confuse, et se pose les questions suivantes : où sont les enfants ? Ils sont la raison pour laquelle je suis venue en France, alors, où sont-ils ?

Dans plusieurs flash-back, nous apprenons ce que s’est passé avant que Diouana soit arrivée en France. Elle cherchait tous les jours du travail comme bonne, mais toutes les personnes auxquelles elle rendait visite, ne voulaient pas de bonne (ou une «Fatou», qu’une femme blanche a dit à Diouana dans le film). Mais un jour, elle a été emmenée à un coin de rue où se trouvaient beaucoup de femmes qui cherchaient du travail de bonnes. C’est ici où nous apprenons pourquoi elle a pensé aux enfants : la femme blanche qui lui a offert du travail, lui a fait garder les enfants.

Après avoir vu ce film, il y a une scène qui vient dans ma tête toujours quand j’y pense. Cette scène commence très peu de temps avant la fin du film, quand le patron de Diouana lui offre l’argent qu’il lui doit, et tout à coup, elle commence à pleurer. Le patron et la dame pensent qu’elle est malade, mais ils ne font rien pour l’aider ; ils s’assoient simplement dans le salon.

Diouana refuse d’accepter cet argent, elle le rend et elle rend aussi son tablier—ici, c’est aussi une image très forte quand elle laisse tomber le tablier sur la table devant ses patrons. Dans cette scène, nous entendons aussi le monologue intérieur de Diouana, que nous entendons souvent pendant le film—mais cette fois, la répétition est retentissante : «ils ne me reverront jamais.»

Quand on voit cette scène, on pense certainement que Diouana se prépare à partir pour Dakar, pour ne plus revenir en France. Elle fait même sa valise et prépare son bain. Nous la voyons dans la baignoire, et quand nous voyons le rasoir tomber de sa main, nous nous rendons compte qu’elle s’est tuée.

Cela fait une impression très forte, de voir à quel point la déception qu’elle a éprouvée a été si grande, et qu’elle a trouvé plus approprié de se tuer que de simplement partir. Ce qui est impressionnant, c’est ce contraste entre la femme heureuse que l’on voit au début du film, et la femme à la fin du film, qui a perdu toute sa joie de vivre.

Retour au Sommaire

3. Moolaadé, Ecrit par David Sellinger

Moolaade, Crédits : allocine.fr

Moolaade

Un petit village et un rituel controversé sont au centre du film Moolaadé réalisé par le cinéaste Sembène Ousmane. Dans ce petit village situe quelque part en Afrique de l’Ouest, la Salidana est un groupe de femmes sages contre lesquelles on ne s’opposerait jamais et auxquelles on se fie. Cependant, pour quatre jeunes filles qui se sauvent de ce groupe, les femmes de la Salidana sont vraiment des monstres.

Ces quatre jeunes filles qui cherchent la protection d’une certaine Mère Collé se sont enfuies d’un rituel très traditionnel et très barbare : ce qu’on appelle «la Purification» dans le village, ou l’excision des jeunes filles. Les jeunes filles ne veulent pas du tout être excisées. Six jeunes filles se sont enfuies et deux parmi elles sont parties du village. Quand Collé leur demande pourquoi elles ne veulent pas participer à la Purification, plusieurs d’entre elles disent que Collé n’a pas fait subir la Purification à sa propre fille ; une autre fille dit même que sa sœur est morte à cause du rituel. Le village cherche les filles, mais Mère Collé accepte de les protéger.

Beaucoup de membres du village se fâchent, naturellement. On sait que la fille de Collé est une bilakoro, ou une fille qui n’a pas été excisée. On dit que Collé voudrait corrompre le village avec ses idées qu’elle a tirées de la radio. On exige qu’elle relâche les jeunes filles pour qu’on puisse faire la Purification. La Salidana vient chez Collé pour prendre les filles, mais Collé a évoqué le Moolaadé, durant lequel les jeunes filles ne peuvent pas du tout sortir de peur de risquer la mort. C’est une malédiction en laquelle tout le village croit, surtout les dougoutigui, les chefs du village. C’est seulement celui qui a invoqué le Moolaadé. Dans le cas des petites filles, c’est Collé. Par consequent, c’est elle seule qui peut le révoquer, mais elle refuse de le faire.

Il y a aussi des problèmes pour la fille de Collé : elle est vraiment une bilkoro, et comme disent les dougoutigui, aucun homme ne voudrait jamais se marier avec une bilakoro. La fille de Collé, Amsatou, était censée se marier avec le fils d’un dougoutigui, Ibrahim. Malheureusement, comme tout le monde, ce dougoutigui considère une bilakoro comme une personne avec laquelle on ne doit pas se marier, surtout son fils. Il interdit à son fils de se marier avec Amsatou, et au lieu de cela, il organise un mariage pour lui avec une autre fille d’un village voisin.

Ibrahim est furieux et exige que son père ne s’en mêle pas. Il est récemment revenu de France. Il est retourné au pays avec beaucoup d’argent et beaucoup de nouvelles technologies à partager dans le village, y compris des télévisions. Quand les dougoutigui commencent à penser que les radios corrompent les femmes, ils les interdisent et on rassemble toutes les radios pour les mettre au feu derrière la mosquée. Après son séjour en France, il trouve ride l’oppression que l’on fait subir aux femmes. Il commence à soutenir les femmes, mais son père n’est pas d’accord avec lui.

Pendant ce temps, la lutte contre la Purification continue. Après l’opposition initiale, elle trouve les alliés, la plus importante : la première épouse de son mari, Hadjatou, ainsi que la plupart les femmes dans le village, sauf les femmes des filles qui se sont sauvées et plusieurs autres. Les autres hommes du village demandent à Ciré de persuader sa femme Collé, de renoncer au Moolaadé. Il essaie de le faire en criant tout simplement sur elle, mais elle s’y oppose. Finalement, il finit par la fouetter devant les dougoutigui et les autres opposants, mais toutes les autres femmes viennent la soutenir. Collé ne dit pas le mot et Mercenaire, un commerçant dans le village, intervient. Ciré est horrifié de ce qu’il a fait—il n’avait jamais frappé aucune de ses femmes ou ses enfants. Les villageois fâchés contre Mercenaire, le poursuivent et le tuent dans la nuit. Hadjatou continue à la supporter, et les femmes dans le film continuent à lutter contre les hommes et la Salandina.

On voit dans ce film un contraste saisissant entre la position des femmes et celle des hommes, surtout dans le mariage. D’abord, il y a de la polygamie dans le film—mais je dois avouer que la relation entre Ciré et ses trois femmes, bien qu’il ne les traite pas exactement comme ses égales, il les traite mieux que les maris dans les autres films. Néanmoins, on ne laisse pas les femmes vivre librement, et les hommes contrôlent ce qu’elles doivent faire, comme écouter la radio, ce qu’ils interdisent à volonté.

Et bien sûr, il y a ce rituel barbare qui est le thème principal du film : l’excision des jeunes filles. Comme on voit dans le film, ce rituel n’est pas du tout sans danger. C’est tellement dangereux et beaucoup de jeunes filles meurent par la suite. Avec ce rituel on voit quelque chose d’intéressant : une divergence entre les enseignements de l’Islam et ce qu’on prétend que l’Islam dit. Les dougoutigui prétendent que c’est une tradition ancienne de l’Islam que l’on ne doit pas rompre. Mais les femmes apprennent par la radio que l’Islam ne contient pas de telles traditions. Cela peut refléter la réalité quelquefois ; on ne sait pas toujours assez à propos de sa propre religion et on doit croire ce qui est dit.

Bien que le film soit difficile quelquefois à regarder, je crois que c’est important que Sembène Ousmane ait réalisé ce film. Pour ceux qui viennent de l’Occident, c’est tellement incroyable qu’une telle coutume existe encore dans certaines regions du monde. C’est un film qui peut vraiment ouvrir les yeux de tout le monde.

Retour au Sommaire

4. Tableau Ferraille, écrit par David Sellinger

Tableau ferraille, Crédits : allocine.fr

Tableau ferraille

Quand on a du pouvoir, on a aussi de la responsabilité. On a aussi différents chemins que l’on peut prendre : un chemin sur lequel on fait ce qui est juste, et un autre chemin que prennent les personnes corrompues par le pouvoir et le désir d’accumuler davantage de biens dans la vie. Mais quand on pense que tout va bien, que l’on a pris le bon chemin, il faut y penser toujours ; un malheur peut arriver quand même.

Le film Tableau Ferraille parle de Daam, un homme de la ville «Tableau Ferraille», près de Dakar, qui est devenu très important dans sa ville : d’abord député et plus tard, ministre. Avec son poste, il a pu aider sa communauté et il continue à essayer de faire ce qui est bien pour la communauté.

Avant de devenir ministre, il épouse sa première femme, Gagnesiri, et ils sont très heureux. Il devient bientôt clair, toutefois, que Gagnesiri est stérile, et il décide d’épouser une autre femme, Kiné. Cette femme accouche de deux enfants pour lui, et toute la famille semble heureuse—pour la plus grande part. Le reste du film montre sa lutte de faire son travail et de rendre ses deux femmes heureuses, quelque chose qu’il a du mal à faire.

J’ai vu plusieurs thèmes répétés tout au long de ce film. L’un de ces thèmes est la communauté, et un autre thème qui est un peu mélangé avec ce thème est la corruption. En premier lieu, il y a la ville Tableau Ferraille et sa communauté. Le personnage de Daam estime qu’il a un devoir comme ministre : aider les gens de Tableau Ferraille.

Malheureusement, il y a des choses qui font obstacle à ce devoir. Il peut faire ce que font les autres ministres : utiliser son poste comme ministre pour s’enrichir, et il semble que Kiné souhaite qu’il le fasse. Alors, il doit choisir entre deux chemins pour soi-même : être honnête et aider les gens dans la communauté mais en étant pauvre, ou céder à la corruption et au désir de sa deuxième femme pour l’argent ?

Un autre personnage ne l’aide pas du tout : le président et sa propre corruption. Son désir pour l’argent a presque provoqué la ruine pour Daam et a presque détruit son mariage avec Kiné. Kiné devient elle-même corrompue par son désir pour l’argent, et trahit son époux.

Un autre exemple est l’esprit de communauté, c’est un groupe de femmes qui s’appelle «le club des premières épouses.» Ces femmes sont des épouses des hommes qui ont pris une épouse après elles. Toutes les femmes dans le groupe aident à payer pour quelques événements dans la vie des autres : pour la naissance d’un enfant, pour les funérailles d’un membre de la famille, et pour d’autres choses. Ce groupe montre l’importance de la première épouse dans un mariage, et c’est également important pour les hommes, surtout pour Daam ; bien que Kiné lui ait donné deux enfants, il aime toujours beaucoup sa première épouse Gagnesiri, presque plus qu’il aime Kiné.

Un autre thème est la famille. Dans le film, il y a plusieurs exemples de la polygamie, l’un d’eux est le groupe de femmes. Il est acceptable de se marier avec plusieurs femmes pour améliorer sa vie. Daam se marie avec Kiné pour qu’ils puissent avoir des enfants, et il semble que Gagnesiri l’accepte—pas vraiment heureuse avec cette décision, mais elle l’accepte à condition que cette femme puisse les rendre heureux, en leur donnant des enfants. Pourtant, un autre personnage veut essayer la même chose, mais il rencontre la résistance de sa femme à cette décision.

Un dernier thème : la stérilité. Avec ce thème, il y a une grande question : est-ce que l’on peut être heureux dans un mariage sans pouvoir faire des enfants ? Nous voyons au cours du film que Gagnesiri est stérile. Elle ne semble pas vraiment beaucoup affectée elle-même par sa stérilité, et elle essaie de toutes ses forces d’aider les autres, mais il semble qu’elle affecte Daam et l’a entraîné à prendre une deuxième femme qui accouche de deux enfants. Pour Daam, il se peut qu’il ait besoin d’enfants pour être heureux. Il est sûr tout de même qu’il aime beaucoup Gagnesiri, mais il est évident qu’il aime aussi Kiné et ses enfants. En plus, il est devenu très tendu et brusque avec Gagnesiri après un moment passé sans enfants. Je pense alors que pour lui, avoir des enfants n’est pas exactement complètement nécessaire, mais c’est important quand même.

Vers la fin du film, on voit une altercation entre le groupe des femmes et Gagnesiri, quand elle veut que les femmes l’aident—mais elles refusent. Pourquoi ? Parce que Gagnesiri est stérile, et quand elle soutient qu’elle est une femme et donc ne comprend pas pourquoi les femmes ne l’aident pas, le chef du groupe lui dit que c’est une insulte de s’appeler une femme à cause de sa stérilité.

5. Xala, écrit par David Sellinger

Xala, Crédits : allocine.fr

Xala

La rue devant la chambre de commerce est pleine de gens. Il y a des joueurs de batterie et les femmes qui dansent, sans chemisier mais avec des colliers. Après une vue de la façade de la chambre, on voit environ six ou sept hommes, habillés comme les africains traditionnels, entrer dans la chambre de commerce. Ils en sortent bientôt par la suite et disposent des statues blanches—alors, européennes—sur des marches de la chambre. Ensuite, l’un d’eux met une photo sur un bureau. L’indépendance est arrivée.

C’est la première scène du film Xala (qui veut dire «malédiction» en wolof), réalisé par Sembène Ousmane, cinéaste sénégalais. C’est un film satirique avec beaucoup d’humeur et, comme les autres films par Sembène Ousmane, il montre de grands problèmes de l’Afrique d’après le colonialisme.

L’un de ces problèmes est la corruption des dirigeants du Sénégal. Il ne montre pas seulement la corruption des dirigeants africains, mais aussi l’influence corruptrice des pays étrangers. Le film est aussi plein de satire très forte, aussi forte pour exaspérer le gouvernement sénégalais.

La plus grande satire dans le film est celle qui satirise l’échec du gouvernement sénégalais de se séparer de l’influence étrangère et aussi de la corruption : l’impuissance sexuelle dont souffre El Hadji, un politicien sénégalais et protagoniste du film, est le symbole de cet échec. Au début du film, El Hadji est sur le point de prendre une troisième épouse («par devoir» comme dit El Hadji). Normalement, les deux premières femmes d’El Hadji sont tout à fait différentes l’une de l’autre : la première est traditionnelle—on peut le constater quand on voit comment elle s’habille—très humble et patiente ; l’autre est plus jeune, habillée plus élégamment et elle se concentre trop sur les choses superficielles. Mais elles ont une chose en commun : elles ne sont pas d’accord avec le nouveau mariage. La première, plus traditionnelle, ne l’exprime pas vraiment (ou, au moins, pas très fort). Alors, la polygamie joue un rôle aussi dans ce film-ci. Ce n’est pas seulement les femmes qui sont assez fâchées ; la fille d’Adja, la première femme, est furieuse à cause de la polygamie. Elle dit même que «tout homme polygame est un menteur.» El Hadji n’est pas irrité, bien sûr, et il la réprimande en la frappant et dit que la polygamie est une partie de leur «patrimoine religieux» et il ne peut faire rien contre cela.

Bien que ses deux premières femmes ne soient pas très heureuses avec le nouveau mariage, il épouse sa nouvelle femme tout de même. Mais durant la nuit de noces, quand il faut qu’il déflore sa nouvelle femme, il découvre qu’il ne peut plus être en érection ; alors, son échec est cette impuissance sexuelle.

La force de cette satire est même augmentée par la réaction de la mère et grand-mère de l’épouse. À cause de cet échec, El Hadji se consacre à trouver une cure pour son impuissance sexuelle, son Xala, et à «redevenir homme.» Peu de temps après, presque tout le monde sait qu’El Hadj a le Xala. La plupart des gens considèrent le Xala comme quelque chose de ridicule.

Sa recherche pour une cure est si importante pour lui, que quand son ami, le président lui conseille d’aller voir un marabout pour que le Xala puisse être guéri, il n’a pas dit non. Il rencontre plusieurs fois des marabouts pour trouver cette cure—il a vraiment désespérément besoin «d’être un homme de nouveau»—mais ses essais sont en vain. Ils conduisent à la ruine d’El Hadji jusqu’à ce qu’il trouve l’homme qui lui a donné son Xala ; c’est seulement après que cet homme a mis sa vengeance sur El Hadji, qui l’a ruiné, à exécution, que le Xala est apparu.

Finalement, on peut voir la corruption même dans des scènes avec les nouveaux dirigeants. Après leur installation à la chambre de commerce, des valises sont placées devant eux. Ces valises contiennent beaucoup d’argent—il semble que les hommes aient été «achetés». L’influence européenne aussi n’est pas du tout venue : l’assistant du président de la chambre de commerce est français, et il est toujours avec lui. À la fin du film, El Hadji doit se défendre, et il exige que les mêmes choses corrompues qu’il a faites soient faites aussi par les autres hommes de la chambre. Néanmoins, il est exclu, et on lui trouve immédiatement un successeur. Le remplaçant est en fait un homme qui a acheté ses vêtements chics après avoir volé l’argent d’un pauvre homme qui doit se servir de l’argent pour acheter de la nourriture pour son village frappé par une sécheresse.

Alors, Xala est encore un film très intéressant de Sembène Ousmane. Il contient des thèmes très importants pour l’Afrique. Mais bien que ces thèmes soient importants, Sembène montre qu’il peut réaliser des films aussi importants mais avec de l’humour et de la satire. C’est toujours une expérience agréable de voir un film de Sembène Ousmane, et Xala n’est pas du tout une exception.

Retour au Sommaire

Commentaires, Critiques, Extraits de films, Notes de lecture, Résumés de films




Si vous avez apprécié cet article, pensez à laissez un commentaire ou abonnez vous au flux et recevez les prochains articles dans votre lecteur RSS.

Laissez un Commentaire

(obligatoire)

(obligatoire)