Entretien avec Mme William St-Hilaire, présidente-directrice générale et directrice artistique de Metropolis bleu

«L’Afrique est un continent qui vit actuellement de grandes transformations sociales et technologiques.»

William St-Hilaire

William St-Hilaire

Vingt-quatre heures avant la fin de la 14ème édition du festival Metropolis bleu, qui s’est tenu à Montréal du 19 au 22 avril dernier, Mme William St-Hilaire nous a accordé un entretien exclusif dans lequel elle fait le bilan de l’édition 2012 et annonce les couleurs de l’édition 2013. A ce sujet, elle fait part de son intérêt pour l’Afrique, pour la littérature africaine et de la nécessité de lui accorder une place de choix dans la programmation de 2013.

Anoumou Amékudji : Mme William St-Hilaire, depuis votre accession a la tête de Metropolis bleu au printemps 2011, comment se porte la structure?

Mme William St-Hilaire : Elle se porte bien. Il y a évidemment moins de sponsors parce que ce sont des années difficiles pour les organisations culturelles ici au Québec, certainement en Europe aussi. Pour cela, nous avons donc ramené l’équipe à sa plus simple expression pour maintenir nos investissements dans la programmation. C’est sûr que l’équipe est très solide mais sur le plan administratif nous sommes une équipe 50% plus petite qu’à l’origine, à ma prise de fonction.

Anoumou Amékudji : Qu’est-ce qui différencie concrètement la 14ème édition du festival de la précédente?

Mme William St-Hilaire : Elle est différente et pareille parce que d’une année à l’autre, c’est important de maintenir une certaine tradition qui fait finalement la force de Metropolis bleu, c’est-à-dire la présence de plusieurs langues, des auteurs venant de plusieurs pays du monde. Alors cette année encore, ce qui est identique à l’an dernier, c’est d’avoir des intervenants dans au moins cinq langues : le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien et l’arabe. Ce qui rend un peu la 14ème édition du festival plus unique, c’est que nous avons changé de lieu. Nous sommes ici à l’hôtel Opus qui est un petit bijou, un hôtel boutique dans un environnement beaucoup plus petit, beaucoup plus centralisé, feutré, de sorte qu’on croise plus facilement les auteurs au bar, au restaurant. Nous vivons vraiment dans un circuit fermé de littérature fort agréable. L’ambiance est très “lounge.” C’est ce qu’on cherchait. Cet aspect du festival est différent par rapport à l’an dernier. Ce qui est différent aussi, c’est que nous avons misé sur la littérature cubaine. L’année dernière, l’accent était mis sur la littérature indienne. Cette année, nous avons aussi mis l’accent sur le polar qui fait un retour en force dans la programmation. Nous avons eu aussi au programme de cette 14ème édition des espaces réservés aux couples littérature et gastronomie, littérature et arts visuels. Nous avons quand même éclaté la formule en maintenant des thématiques essentielles comme écrivains en péril.

Anoumou Amékudji : Qu’est-ce qui justifie le choix de la littérature cubaine dans la programmation de cette année?

Mme William St-Hilaire : Franchement, je ne pourrai pas vous répondre. Parfois c’est intuitif, parfois c’est aléatoire. Par moments, cela s’inscrit dans le cadre d’un anniversaire. Par exemple, la 13ème édition du festival a coïncidé avec la célébration de l’année internationale de l’Inde au Canada. Cette année, nous avons voulu faire un coup de chapeau à la littérature cubaine parce que notre directeur de la programmation est un grand passionné de cette littérature. Il y a eu aussi une belle réponse du côté des auteurs. Cela nous a encouragés. Et l’an prochain, nous nous intéresserons à la littérature africaine, parce que l’Afrique me fascine et c’est un continent qui vit actuellement de grandes transformations sociales et technologiques. Donc j’ai trouvé que c’est dans l’ère du temps de lui accorder une place de choix à Metropolis bleu.

Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu 2012

Festival littéraire Metropolis bleu 2012

Anoumou Amékudji : Qu’est-ce qui est particulier à la littérature cubaine et qui a été mis en exergue au cours du festival?

Mme William St-Hilaire : J’ai trouvé intéressant qu’on reçoive une grande figure comme Eduardo Manet et une jeune poétesse comme Wendy Guerra, qui viennent de deux générations complètement différentes. Ce que nous voudrions également faire ressortir, c’est la transformation sociale. Il y a Eduardo Manet qui a choisi de vivre en France, tandis que Wendy Guerra vit quant à elle à Cuba. Nous voulions jouer sur les contrastes, les contrastes d’âges et de perspectives.

Anoumou Amékudji : Le public est-il venu nombreux pour participer aux activités de Metropolis bleu cette année?

Mme William St-Hilaire : Moi j’ai assisté à des événements dans des salles qui étaient soit remplies soit presque remplies. C’est difficile pour moi de vous répondre, car je n’ai pas encore eu accès aux statistiques complètes. Il y a eu aussi beaucoup d’événements sur des sites extérieurs à l’hôtel Opus. Donc il faudra compiler toutes ces données pour avoir une idée exacte du nombre de participants. Par ailleurs, cette année on a moins de capacités pour accueillir les gens, donc on ne pourra pas comparer l’édition 2012 à celle de l’année dernière. C’est certain. Il faut aussi tenir compte du fait que cette année il y a eu beaucoup de manifestations étudiantes à Montréal. Ce qui fait que beaucoup de personnes qui ont acheté les billets pour participer au festival sont intimidées. Il faudrait tenir compte de ces aspects même si nous avons un public qui nous est toujours resté fidèle.

Anoumou Amékudji : Avez-vous en tout cas une idée claire des corps de métier dans lesquels opèrent les participants fidèles de Metropolis bleu?

Mme William St-Hilaire : Nous avons un sondage maison assez intéressant qui nous informe que le profil démographique de notre clientèle est constitué de gens très lettrés. Plus de 60% de nos festivaliers ont des diplômes universitaires. Le reste a fait des études de maîtrise et de doctorat. Donc on voit que ce sont des personnes qui ont une longue éducation académique. Ce sont des gens qui s’expriment aussi bien en français qu’en anglais. Cette année, nous avons proposé plus d’événements en espagnol. Nous allons voir si cela va apparaître dans le sondage ou non. Bien qu’il y ait quelques jeunes festivaliers, la majorité est constituée de gens de 45-50 ans et plus. Ce qui est typique de la consommation des arts dits institutionnels. La littérature est quand même un art de recueillement. Ce n’est pas un grand spectacle. C’est un art qui demande une certaine habitude. Donc on retrouve des gens scolarisés à revenu familial élevé. Je trouve que pour un festival de ce genre, on devrait avoir davantage d’étudiants en littérature. C’est la fin de l’année universitaire, c’est la période des examens et il y a une grève dans le milieu universitaire. Tout cela fait que les étudiants ne sont pas venus nombreux à la 14ème édition.

Anoumou Amékudji : Metropolis bleu envisage-t-il d’aller rencontrer les étudiants sur leur campus au cours des éditions à venir, pour faire des conférences ?

Mme William St-Hilaire : Je pense que vous avez raison. Le dicton dit que si la montagne ne va pas à Mahomet, Mahomet va à la montagne. Je pense qu’on va devoir se résoudre à aller dans les classes, les amphis, pour rencontrer les étudiants.

Anoumou Amékudji : Concernant le projet d’avoir une 15eme édition de Metropolis bleu consacrée à l’Afrique, quelles parties du continent ciblez-vous?

Mme William St-Hilaire : Nous n’avons pas circonscrit une région en particulier. Nous voulons être le plus inclusif possible. Plusieurs invitations sont lancées. Nous souhaiterions avoir des écrivains francophones et anglophones. Par conséquent, l’édition 2013 de Metropolis bleu va porter sur l’Afrique au sens large et la littérature africaine dans sa diversité. Nous aurons forcément à accueillir des écrivains qui vivent au Canada, aux Etats-Unis. Nous voulons aussi inviter quelques penseurs. Donc il y aura aussi un volet plus social. Notre code de travail présentement, c’est «l’Afrique : littérature et transformations». Nous cherchons à voir si à travers les écrits de fiction, à travers la poésie, on peut recenser tout le changement social, cette ouverture vers les nouvelles technologies. Nous voulons voir s’il y a une corrélation entre les littéraires et la transformation sociale et économique. Partant de cet objectif, nous pourrions avoir très bien parmi les invités un économiste qui viendra nous parler par exemple des livres qui l’intéressent. Nous sommes très ouverts parce que Metropolis bleu n’est pas qu’un festival de littérature, c’est un festival qui s’intéresse aux mots, à la pensée, à la fiction, à l’essai, à différents genres littéraires. J’aime à dire toujours que Metropolis bleu est un festival de livres et d’idées.

Anoumou Amékudji : Vous avez déjà fait venir des écrivains égyptiens au festival ?

Mme William St-Hilaire : Nous avons un prix arabe financé entièrement par une association culturelle d’Abou Dhabi. Chaque année, il y a un jury indépendant qui réfléchit et donne un prix d’une valeur de cinq mille dollars à un auteur arabe. Oui, le monde arabe a sa place à Metropolis bleu.

Anoumou Amékudji : Il y aura certainement dans la programmation de l’année prochaine des écrivains qui viendront parler du printemps arabe comme un exemple de transformation politique?

Mme William St-Hilaire : Aujourd’hui même, nous avons remis le prix Arabe Al Majidi Ibn Dhaher Metropolis bleu à Ahdaf Soueif, romancière et journaliste politique et culturelle, qui vit à Londres.

Anoumou Amékudji : Quand vous pensez à vous tourner vers l’Afrique pour la prochaine édition, êtes-vous intéressée par la participation des écrivains de langue portugaise?

Mme William St-Hilaire : Ah! Ce sera intéressant parce qu’en 2014 on aimerait bien aborder la littérature brésilienne en relation avec la Coupe du Monde de football.

Anoumou Amékudji : Quelle réception la presse canadienne accorde-t-elle aux activités de Metropolis bleu, édition 2012 ?

Mme William St-Hilaire : Nous regardons tous les matins avec joie les retombées de presse, chez les anglophones et les francophones. Il en existe aussi en ligne. Il y a également un intérêt de certaines publications françaises. Et avec le pouvoir des blogs et autres médias moins traditionnels, nous arrivons à avoir des échos que Metropolis bleu est suivi un peu partout dans le monde.

Entretien réalisé par Anoumou Amékudji

NB : Un grand merci à Isabel Brinck pour avoir planifié l’interview avec Mme William St-Hilaire et à Dyllan Labonté pour la photo qui sert d’illustration.

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