Profond regard : une réflexion sur les difficultés de la double culture

Profond regard Couverture
Le Canada est sans doute l’un des pays où la diversité a de plus en plus sa place. Cette diversité est également perceptible dans sa littérature ouverte sur le monde, et parlant des expériences faites par les immigrés qui habitent dans ce grand pays de l’Amérique du nord. L’un des produits de cette diversité est Annick Diop, de père sénégalais et de mère québécoise. Cette sénégalo-québécoise a publié en 2009, aux éditions Grenier, un roman intitulé Profond regard. Le livre de Diop, est effectivement un profond regard sur sa vie dans la province québécoise, et sa perception de la société sénégalaise. Dans son premier roman, Annick Diop raconte le retour d’une jeune femme prénommée Sabel, au Sénégal. Le retour de Sabel intervient après une quinzaine d’années au Canada, et plus précisément à Montréal, un espace multiculturel dont elle vante les mérites dans la plus grande partie de son œuvre. Quelques jours après son retour au Sénégal, Sabel commence à constater des écarts entre elle et sa famille dans la perception de la vie. Ce qui la conduit vers la fin de son roman, à relativiser la vie, et à mener un certain nombre de réflexions sur l’exil, le retour, le métissage culturel, le métissage biologique.
Ce qui rend particulièrement l’expérience de retour de Sabel complexe, est l’existence de sa fille Sarata née au Canada. Le problème est que Sarata n’a pas un père connu de tout le monde. Le voyage au Sénégal permet à Sabel de redécouvrir une communauté qui tout en réclamant sa grande ouverture sur le monde, reste très ferme par rapport à certaines règles culturelles. Au nombre de ces règles non écrites, une femme avec enfants, mais sans un mari ou un homme dans sa vie, n’est pas bien appréciée. Sabel a donc peur des réactions des proches par rapport à sa fille. « Dans ce pays, où la prépondérance de l’emprise sociale interdit tout écart, comment allais-je présenter celle qui est ma chair? Une fille sans père allait-on dire là où l’intolérance repousse douloureusement toute initiative hors norme. Ma fille allait-elle subir la répression sociale du fait que sa mère est sans époux? A son passage, allait-on la désigner du doigt? En son absence, allait-on la surnommer bâtard pour atteindre l’amour propre de cette enfant légitime? Ces crises d’anxiété qui viennent et partent sans avertir sont, sans doute, liées à la peur du rejet social. Qu’advienne que pourra devant le fait accompli! », affirme, résignée, la narratrice.
Le Bonheur d’Elza bientôt projeté à New York City

Le bonheur d'Elza
La cinéaste guadeloupéenne, Mariette Monpierre, présente le week-end prochain son premier long-métrage intitulé Le Bonheur d’Elza. La projection aura lieu à l’académie de musique de Brooklyn, un des quartiers de la ville de New York. Le samedi 17 septembre ce sera à partir de 18h50, tandis que le dimanche la projection démarre à partir de 21h15. Le Bonheur d’Elza sorti cette annee 2011, est un film sur la réconciliation entre un père et sa fille qu’il a abandonnée à sa naissance. Dans sa famille, Elza est la seule à avoir fait des études universitaires. Titulaire d’une maîtrise en mathématiques obtenue avec mention, sa mère portait tous ses espoirs sur elle. Mais contre toute attente, cette dernière décide de tout laisser tomber, pour aller en Guadeloupe, à la recherche du père qu’elle n’a pas vraiment connu. «J’ai voulu que mon premier long-métrage se déroule en Guadeloupe, terre de ma naissance et de mes origines. Je raconte une histoire enracinée dans la culture caribéenne et néanmoins universelle. Tourné en vingt-cinq jours, ce film fut une expérience extrêmement violente et exaltante à vivre», affirme Mariette Monpierre. L’histoire personnelle de la cinéaste ressemble à celle qu’elle raconte dans son film. Mariette Monpierre écrit sur son site qu’elle n’a pas connu son père, et qu’il fut pour elle un étranger. «…Je n’ai pas connu mon père. Il fut pour moi un étranger et je brulais du désir secret de le rencontrer. C’était une obsession dont je devais me libérer. Un jour, j’ai osé aller vers lui et cette rencontre m’a transformée», indique Monpierre. Elle ajoute qu’il lui a fallu faire ce retour vers son passé pour avoir une paix intérieure. «…Il m’a fallu faire ce chemin de retour pour comprendre et accepter mes différences, mon originalité. En apprenant la vérité sur mon passé, mes ancêtres, mon père et pourquoi il m’avait abandonnée, j’ai entamé une phase de reconstruction de moi-même. Désormais concernant mon père, je peux donner une autre définition au mot ‘abandon’», explique Monpierre. L’absence du père étant un thème assez présent dans la littérature caribéenne, Monpierre voudrait inviter de nouveau ses concitoyens à réfléchir sur la question, à travers Le Bonheur d’Elza. Pour ce faire, elle donne la parole dans son film à une autre femme, qui porte sur elle la responsabilité de confronter le père qui a manqué dans sa vie. «Je voulais donner la parole à une femme antillaise; seules nous-mêmes pouvons honnêtement nous mettre à nu et ouvrir notre cœur pour révéler au monde ce que nous ressentons, subissons, acceptons et exposer les émotions et les douleurs de notre culture», complète la cinéaste guadeloupéenne, qui continue à porter son île natale dans son cœur, malgré toutes ces années passées entre Paris et New York City.
Séminaire sur les cinémas africains
Produits d’une expérience enrichissante
Le printemps 2011 restera l’un des plus beaux moments de mon expérience d’enseignement aux Etats-Unis. Cela est d’autant vrai que les étudiants inscrits dans le cours de « cinémas africains des origines à nos jours », étaient toujours bien préparés. Les deux jours par semaine durant lesquels nous nous rencontrions, étaient pour nous tous des moments tant attendus. Grâce à la technologie, des cinéastes africaines vivant à Dakar, Paris, Yaoundé, nous ont tenu compagnie durant les séances d’échanges sur les cinémas africains. Après les séminaires avec les étudiants, nous nous séparions, toujours dans l’espoir de nous retrouver, chacun armé de ses arguments pour convaincre l’autre de l’exactitude et de la pertinence de son opinion. Aujourd’hui, le printemps 2011 fait désormais partie du passé, mais d’un passé qui restera toujours présent dans mon esprit, et certainement dans celui des étudiants qui ont bien voulu s’inscrire dans ce cours, pour mieux connaître et comprendre les sociétés africaines. A la fin de cette belle et inoubliable expérience à Central Michigan University, certains étudiants ont accepté de publier quelques-uns de leurs papiers sur notre blog. C’est ainsi que dans les jours à venir, je vous invite à lire les articles qui porteront sur des films comme Clando, La noire de…, Xala, Tableau ferraille, Guimba, Faat Kiné, Pièces d’identités…. Après avoir lu les articles de mes anciens étudiants, je vous exhorterais à nous faire part de vos commentaires, et à participer aux discussions.
Entretien avec Lamine Sagna, professeur à l’Université de Princeton
«Amadou Mahtar Mbow est un des personnages que l’Afrique gagnerait à célébrer …»

Lamine Sagna
Des universitaires américains et africains, ont célébré le 20 mars dernier, à Washington D.C, le cinquantième anniversaire de L’aventure ambiguë, en présence de l’auteur, Cheikh Hamidou Kane. Les 31 mars et 1er avril, à l’Université de Princeton dans le New Jersey, un colloque a été dédié à l’ancien directeur général de l’Unesco, Amadou Mahtar Mbow, qui vient de fêter ses quatre-vingt dix ans. Le professeur Lamine Sagna, organisateur des deux rencontres qui ont honoré les intellectuels africains, aborde dans cet entretien, les qualités de ces deux grands hommes de culture. Il parle de leurs œuvres, et de leur impact à travers le monde, en évoquant le cas particulier des immigrés africains, qui trouvent un certain réconfort dans la lecture d’un roman comme L’aventure ambiguë.
Anoumou Amekudji : Vous avez célébré le 20 mars le cinquantième anniversaire de L’aventure ambiguë à Washington DC, en présence de l’auteur. Quelle importance revêt cette œuvre cinquante ans après sa parution?
Lamine Sagna : Nous avons effectivement un grand plaisir de célébrer le cinquantième anniversaire de L’aventure ambiguë, en présence de l’auteur Cheikh Hamidou Kane. Cinquante ans après les indépendances, ce livre est d’une actualité brûlante. En effet, Cheikh Hamidou Kane y traitait entre autres, de la question des rapports interreligieux, notamment, la façon dont des populations africaines musulmanes faisaient face au catholicisme incarné par le colonialisme. Dans le même roman, il a su saisir et montrer la façon dont les intellectuels africains en Europe dans les années 50, ont pu trouver, à partir de leurs propres traditions culturelles influencées par l’Islam, les ressources nécessaires pour faire face aux influences des cultures européennes. Un demi-siècle après la sortie de L’aventure ambiguë, on peut encore y saisir les questions et enjeux de l’intégration, de la recherche de compromis et des changements culturels. En gros, c’est une œuvre littéraire qui garde toute sa pertinence lorsqu’on veut comprendre les complexités et les tensions culturelles, politiques et sociales dans le monde d’aujourd’hui.
Entretien avec Mohamed Mouftakir, cinéaste marocain
“Pégase est un film où le langage cinématographique prend tout son élan”
Au lendemain de la projection de Pégase au cinéma Burkina le 3 mars, à Ouagadougou, le réalisateur marocain était assez modeste par rapport aux chances de son film, de gagner l’étalon d’or de Yennenga. Néanmoins, il était convaincu de sa qualité cinématographique. Dans l’entretien exclusif accordé à CinéAfrique, il donne de plus de plus amples explications sur l’intrigue de son film, et exprime sa joie de participer pour la première fois au Fespaco.
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Mohamed Mouftakir, cinéaste marocain au Fespaco 2011
Entretien réalisé par Anoumou AMEKUDJI

