Fespaco 2011 : «Histoire de haine manquée» d’Eddy Munyamuneza
La sociologie politique burundaise revisitée
Le documentaire projeté le 1er mars au cinéma Oubri, dans le cadre de la vingt-deuxième édition du Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou, est la première réalisation du jeune documentariste burundais. Dans son œuvre en compétition officielle pour les films documentaires, le jeune cinéaste burundais traite du génocide qui s’est passe au Burundi, entre les groupes ethniques Hutus et Tutsis. Au-delà du génocide, «Histoire de haine manquée», est l’histoire de l’amour qui triomphe d’une haine séculaire entre les deux principales ethnies du pays.
L’auteur de «Histoire de haine manquée», Eddy Munyamuneza et ses frères sont Tutsis. Lors des malheureux événements qui ont conduit aux massacres des Tutsis, leurs voisins les ont cachés et soustraits à la folie meurtrière d’autres Hutus, au risque de leurs propres vies. Des années plus tard, Eddy Munyamuneza retrouve ses anciens voisins et ils évoquent les événements qu’ils ont vécus ensemble. Le film de Munyamuneza, est un hymne à la solidarité, qui montre des preuves de solidarité et de belles initiatives dont ont fait preuve certains Hutus pour sauver la vie des Tutsis. Bien que le documentaire du réalisateur burkinabè, ressemble au reportage journalistique, on a la conviction que son travail cinématographique a de l’avenir, en raison de l’investigation qui a été menée, et de l’esprit d’approfondissement dont il a fait preuve.
«Histoire de haine manquée», a obtenu le prix spécial pour la promotion des droits humains, prix d’une valeur de 2 millions de francs CFA, décerné le 4 mars dernier à Ouagadougou.
Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI
« Pégase », étalon d’or de Yennenga 2011
L’étalon d’or de Yennenga 2011, est décerné ce 5 mars, au film « Pégase », réalisé par le Marocain Mohamed Mouftakir. Le prix lui a été remis par le président Burkinabè, Blaise Compaoré. Nous vous proposerons dans les heures ou jours à venir, une analyse du film qui vient de recevoir le 20ème étalon d’or de Yennenga, ainsi qu’une interview que nous a accordée le cinéaste. En attendant, rendez-vous est pris pour 2013, du 23 février au 2 mars, pour la vingt-troisième édition de la grande fête du cinéma africain.
Détails à venir…
Fespaco 2011 : «Le mec idéal» d’Owell Brown
A la recherche du prince charmant
La fiction romantique projetée le 1er mars au cinéma Nerwaya, est un exemple palpable de l’actualité thématique du cinéma africain de la jeune génération. Le film raconte l’histoire d’Estelle, une jeune fille émancipée qui rêve du prince charmant. Ce dernier se présente sous les traits de Marcus, un jeune garçon sans le sou qui est éperdument amoureux d’elle et met tout en œuvre pour conquérir, ne serait- ce que son amitié. Mais ses efforts sont contrecarrés par ceux de William qui veut aussi gagner les faveurs d’Estelle à travers les présents de valeur qu’il lui fait. Sans oublier les complots ourdis par sa propre mère et ses copines qui s’attèlent à lui trouver un mari fortuné à la hauteur de sa beauté.
Le film est donc une suite de complots où tous les coups sont presque permis pour faire flancher le cœur d’Estelle, jusqu’à ce que l’amour gagne. «Le mec idéal» retrace ainsi le vécu des jeunes africains modernes, qui vivent les problèmes de leur époque. Exit les revendications identitaires et autres, place aux problèmes des temps modernes.
Le long-métrage, «Le mec idéal», aborde ainsi les thèmes comme l’amour, la religion, le conflit de génération, le chômage des jeunes. Bref tout ce que la société africaine qui est assez jeune, vit à ce moment. Il y a de l’enthousiasme dans le film, ce qui fait plus ou moins oublier les dérapages techniques dans la prise de vues et du son, ce qui est sûrement lié aux manques de moyens, véritables problèmes des cinéastes du Sud. Mais loin de les décourager les jeunes qui continuent dans leur acharnement à réaliser les films par passion, par envie de montrer au monde l’image d’une Afrique en construction et mutations sociales.
A coup sûr, on peut dire au regard de certains films comme «Le mec idéal» que la relève est assurée, même si la thématique a changé pour s’adapter aux besoins contemporains.
Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI
Fespaco 2011 : «On n’oublie pas, on pardonne» d’Annette Kouamba Matondo
Le prix à payer pour le pardon
Projeté le 1er mars à l’Institut français de Ouagadougou, salle du Grand Méliès, le film «On n’oublie pas, on pardonne», revient sur les crimes commis lors de la guerre au Congo Brazzaville. Dans le documentaire, la jeune réalisatrice va à la rencontre d’une comédienne qui au mépris de la peur qui entoure ce sujet, a choisi de le dénoncer dans les pièces qu’elle compose et joue. Le problème du «Beach» est un secret d’état au Congo. Un procès a été mené à la hâtive sous la pression de la communauté internationale pour dénoncer les massacres de milliers d’innocents du Beach.
Dans la dénonciation des crimes perpétrés, la jeune réalisatrice suit les pas de son aînée pour utiliser l’art au service de l’information et remédier à l’oubli du temps. Le titre «on n’oublie pas, on pardonne», est assez fort dans ce sens. Il sonne comme un devoir de mémoire pour les milliers de disparus, et une incitation à la prise en compte des injustices subies, des vies brisées. C’est le pari fait par la nouvelle vague de réalisateurs documentaristes africains qui à travers leurs films s’impliquent dans le réel de leurs sociétés et font part au monde de leurs combats et initiatives.
Le documentaire «on n’oublie pas, on pardonne », n’est pas un chef d’œuvre technique, mais il fait état de la naissance d’un nouvel essor de techniciens africains et réalisateurs qui au-delà de l’essai parviennent à faire part de leurs idées. Le film est assez émouvant, dans certaines séquences, où la réalisatrice qui a vécu la perte de sa sœur aînée dans les circonstances non encore élucidées, se laisse aller à l’émotion. Nous sommes face à un film d’auteur mais dont on accorde le mérite à la réalisatrice d’avoir su dépasser le cadre d’une histoire personnelle pour en faire une préoccupation nationale voire internationale, dans le respect des droits inhérents à la condition humaine, précisément celui de savoir ce que deviennent les personnes « portées disparues».
Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI
Fespaco 2011 : «Julie et Roméo» de Boubacar Diallo
L’Amour quand tu nous tiens!
Ah si Shakespeare pouvait ressusciter! La passion amoureuse de ses amants a inspiré tellement d’adaptations qu’il ne manquait au tableau que Roméo et Julie à l’africaine. Le cinéaste burkinabè, Boubacar Diallo, vient ainsi combler le vide, en réalisant d’une belle manière le long-métrage «Julie et Roméo». Le 28 février au cinéma Neerwaya, le film a reçu une franche ovation à la fin de sa projection. Une ovation qu’il mérite totalement, car il a comblé les attentes des spectateurs venus nombreux satisfaire leur curiosité. Ils n’ont pas été déçus. «Julie et Roméo», conduit le spectateur à la découverte de l’amour entre une jeune femme moderne et libérée et un jeune homme pas fortuné. Confiants en leur amour et résistants à toutes les tentations de part et d’autre, les deux jeunes tourtereaux parviennent à imposer leur amour et à se fiancer. Mais c’est sans compter avec la ténacité de l’héritage de la haine, avec une histoire passée un siècle plus tôt qui vient compromettre leur idylle.
Il n’en faut pas plus pour que leur univers bascule. Le réalisateur s’emploie alors à nous faire suivre dans une narration qui emprunte aux codes culturels africains, la tradition orale, l’art de conter et de maintenir le suspense et l’attention du spectateur. La magie de la fiction a alors illuminé le spectateur entre les tours de passe-passe et les étonnants rebondissements, qui à la fin permettront aux amoureux bien vivants de célébrer leur amour. Le spectre de la mort a été vaincu au profit de l’amour grâce aussi à la tradition africaine, dont le réalisateur par cette fin heureuse fait l’éloge et l’apologie.
Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI

