FESPACO ’2011 – Liens en vrac #4

Le marché du film africain, Crédits : dw-world.de

Marché du Fespaco

A la veille de la clôture de la 22e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), qui a ouvert ses portes au Burkina Faso, depuis ce 26 février 2011, retrouvez ici le quatrième numéro de « Liens en vrac » qui vous propose la rétrospective de l’actualité en ligne sur le festival.

 


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fespaco 2011, Revue du web

Fespaco 2011 : «Bénéré» de Serge Armel Sawadogo

Le cinéma Burkina, a également servi de cadre à la projection de Bénéré, le 28 février dernier. En fait, le court-métrage de Sawadogo, traite de l’histoire d’une adolescente élevée par une mère seule. Cette dernière, veuve et frustrée de n’avoir pas fait les études dans son enfance comme elle l’aurait souhaité, déverse toute sa rancœur sur sa fille. Brillante élève et victime d’un mal mystérieux qui la ronge, la petite Bénéré est tenue dans l’ignorance du décès de son père qu’elle adorait. De même sa mère fait tout pour l’empêcher de mener à bien sa scolarité.

Au fil du temps, un autre malheur dont elles ignorent les guette pourtant. Il se présente sous le visage du frère cadet du défunt père de Bénéré. Ce dernier qui convoite la concession de son frère, n’hésite pas à recourir à la magie noire pour réduire sa belle-sœur à la folie. Le film pose ici tout le problème de la prise en charge des enfants dans nos sociétés traditionnelles. Et surtout celui de leur dire ou non la vérité sur des sujets qui pourtant les concerne. C’est aussi, le lieu de condamner la convoitise exacerbée qui conduit aux desseins funestes. C’est un reproche à peine voilé qui s’adresse à la plupart des hommes en Afrique, qui s’abstiennent de tout effort pour se construire une vie, et attendent peut-être le décès de leur frère pour prétendre s’approprier femme, enfants et surtout les biens!

La force du film est que l’on aborde la question de l’enjeu traditionnel qui régit presque la société dans un pays comme le Burkina, reste encore conservateur de sa tradition.

Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI

Brèves & Divers, fespaco 2011

Fespaco 2011 : «Parce que j’ai faim»

Dans le cadre du Fespaco 2011, le lundi 28 février, les cinéphiles étaient nombreux au cinéma Burkina, à Ouagadougou, pour regarder Parce que j’ai faim, de Pierre Claver Yaméogo. Le film se propose de dénoncer le non-respect des droits des enfants. Pour y arriver, le cinéaste burkinabé a choisi d’utiliser le langage qui sied aux enfants, à savoir les dessins animés.

Parce que j’ai faim parle de l’exploitation abusive des enfants. C’est un film qui met l’accent sur le travail forcé des enfants et les autres formes de maltraitance. La force du court-métrage de Yaméogo, est due en grande partie à l’implication du réalisateur. De manière plus détaillée, Parce que j’ai faim, film en compétition officielle des films de fiction dans la catégorie court métrage, met en scène le récit d’un enfant maltraité, un récit que fait l’enfant lui-même en voix off, pour dénoncer les souffrances qu’il a endurées. Les souffrances qui vont du travail forcé à la privation de nourriture, jusqu’au châtiment suprême, qui est celui d’avoir vu son bras amputé à cause d’un vol qu’il a commis pour se nourrir.

Avec Parce que j’ai faim, de l’univers factice des dessins animés, on est en plein dans la vie de milliers d’enfants africains et bien d’autres dans le monde entier qui subissent l’injustice des adultes. C’est donc un plaidoyer pour le respect des droits des enfants : ceux liés respectivement à une bonne éducation, à un meilleur encadrement, au droit à la vie et au plein épanouissement de l’enfance. Et pour finir, le cinéaste burkinabè dédie le film à sa petite « Elsa ». Une enfant comme d’autres !

Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI

Brèves & Divers, fespaco 2011

Fespaco 2011 : «Un transport en commun», comédie musicale de Dyana Gaye

Le 1er mars dernier, les festivaliers se sont retrouvés au cinéma Neerwaya, pour admirer les talents de la Sénégalaise Dyana Gaye, à travers son film Un transport en commun. Dans son oeuvre, Dyana Gaye, utilise un nouveau genre pas encore courant en Afrique. Il s’agit de la comédie musicale. Le film se déroule de façon assez complexe, car il prend prétexte d’un voyage de la gare routière de Dakar, la capitale, pour Saint-Louis au nord du Sénégal, pour donner la parole aux passagers.

Le voyage étant le lieu de rencontres de toutes les composantes de la société et échanges interculturels, nous voyons donc dans le film le chauffeur, et les passagers s’exprimer sur les maux de la société et autres vicissitudes. Les différents thèmes évoqués sont le voyage, la coiffure, l’immigration. Les passagers avaient un chant assorti de chorégraphie des passagers, pour parler de leur mal de vivre, de la mode dont sont victimes certaines femmes qui deviennent presque des fashion victimes à vouloir être trop originales.

La force de ce film est dans la qualité de sa construction. Une construction qui mêle la spontanéité de la mise en œuvre des images du quotidien des gares routières sénégalaises, et le divertissement de la fiction tout en traitant des sujets à valeur internationale.

Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI

Brèves & Divers, fespaco 2011

Fespaco 2011 : «Indochine sur les traces d’une mère»

Le 2 mars dernier, le cinéma Neerwaya, a offert son cadre a la projection du film Indochine sur les traces d’une mère, un documentaire réalisé par le Béninois Idrissou Mora-Kpai. Indochine sur les traces d’une mère, est l’histoire émouvante d’un homme qui part sur les traces de sa mère vietnamienne, à qui il fut arraché, pour accompagner son père à son retour en Afrique à la fin de la guerre du Vietnam.

Le documentaire du Mora-Kpai parle des ravages de la seconde guerre mondiale, dont les victimes cette fois-ci sont les enfants des femmes vietnamiennes et de soldats africains. Arrachés à leur mère biologique, jamais intégrés dans le pays de leur père où ils étaient considérés comme étrangers, le film exprime de façon assez forte le drame de toutes ces vies brisées. Un documentaire historique sur le déroulement de la guerre et l’enrôlement des africains dans un combat qui n’était pas le leur. «Les volontaires» de l’époque qui en fait n’étaient que des réquisitionnés dans cette administration coloniale ont sacrifié leurs vies pour certains, mais aussi leurs sentiments, pour la cause de la mère patrie. Car démobilisés après de longues batailles, beaucoup d’entre eux étaient contraints de revenir en Afrique sans une partie d’eux, une partie de leur vie.

La force de ce film réside dans le fait que pour la première fois des « Anciens combattants » parlent d’eux-mêmes. De ce qu’ils ont vécu, de ce qu’on leur a imposé de faire. Le film est conçu dans une rigueur extrême entre les témoignages du passé de ces Anciens combattants, et les longs plans poignards qui témoignent du présent de leurs enfants, de leurs angoisses et émotionnels de « n’être de nulle part ! ».

Tout le mérite revient donc au réalisateur qui n’en est pas à sa première réussite. Mais qui a su prouver encore une fois sa capacité à traiter des sujets émotionnels de façon à ne pas s’écarter de leur enjeu politique et historique. Ce faisant, il restitue la dimension humaine de la problématique, sans heurter ni choquer la sensibilité des uns et des autres. Et bien sûr que le sujet traité et la maîtrise de la forme en font une portée tant nationale qu’internationale. On commence à voir que le documentaire africain est en pleine émergence, avec pour nouveaux territoires d’exploration d’autres continents tels que l’Europe et l’Asie, chose qui jusqu’à une date assez récente n’était que l’apanage des cinéastes occidentaux.

Par Anne-Eli Ngo Minka et Anoumou AMEKUDJI

Brèves & Divers, fespaco 2011